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Amérique latine : Les discours techniques et savants de la ville dans la politique urbaine - Documents de discussion No. 37
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Gestion des Transformations Sociales - MOST

Document de discussion - No. 37

Projet « Les mots de la ville »

Amérique latine :
Les discours techniques et savants de la ville
dans la politique urbaine

Textes réunis par
Hélène Rivière d’Arc

Auteurs :

Jan Bitoun
Maria Stella Martins Bresciani
Horacio Caride
Daniel Hiernaux
Alicia Novick
Sandra Jatahy Pesavento

Table des matières

Confusion entre les langages savants et opérationnels sur la ville.
Vers un consensus avec le langage populaire ?
par Hélène Rivière d’Arc

Discours scientifique et politiques publiques au sud du Brésil (1914-1930)
par Sandra Jatahy Pesavento

Ciudad versus área metropolitana.
Notas para una historia del Gran Buenos Aires
par Alicia Novick et Horacio Caride

Langage savant et politique urbaine à São Paulo : 1890-1950
par Maria Stella Martins Bresciani

Les mots de la planification du territoire au Mexique
par Daniel Hiernaux

Les territoires du dialogue :
mots de la ville et enjeu de la gestion participative à Recife
par Jan Bitoun


Confusion entre les langages savants et opérationnels sur la ville.
Vers un consensus avec le langage populaire?

par Hélène Rivière d’Arc

A partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, la ville latino-américaine est un discours presque essentiellement orienté vers l’aspiration ou l’utopie de la modernité. Cette aspiration se traduit par une référence constante pendant un temps assez long (1870-1930) à la ville européenne, entrecoupée de rejets momentanés, mais assez vifs.

Puis la période des révolutions nationales populaires accentue la tension entre la quête de la modernité (universelle) et les désirs de singularité et d’édification de styles et de modèles nationaux.

Pendant la première de ces deux périodes, l’aspiration au progrès et à la modernité conduit les experts et/ou les professionnels d’alors à saisir la ville comme un tout qu’il faut améliorer ou soigner. Un certain nombre de mots mettent l’accent sur cette représentation : melhoramiento (São Paulo), ordenamiento...; mais surtout tous les phénomènes spatiaux et urbains contradictoires avec la vision positiviste de la ville sont exprimés en termes d’opposition à ce qui est considéré comme l’idéal salubre et hygiénique. Toutes les villes d’Amérique latine présentées dans les textes ci-joints – et bien d’autres encore – ont leur discours hygiéniste, presque identique : Buenos Aires, São Paulo, Rio de Janeiro, Porto Alegre, Fortaleza, Mendoza, etc. (1) Répandu assez tardivement en Amérique latine, il est inspiré du discours européen ou nord-américain.

La dénonciation de l’insalubrité et de l’existence du taudis renvoie, assez curieusement d’ailleurs, à l’habitat de groupes sociaux divers – immigrés récents, malandrins de toutes sortes, pauvres... – mais aussi ouvriers et monde du travail, catégorie étonnamment stigmatisée non seulement par les conditions de vie auxquelles elle est censée accéder dans ces villes qui ont pourtant aspiré à recevoir la main-d’œuvre européenne, mais plus encore par les représentations péjoratives que les bourgeoisies professionnelles (urbanistes de tous genres, médecins et journalistes) portent sur elle (2).

Les projets urbains présentés par les experts insistaient généralement, en contrepartie, plus sur la nécessité du recours à la rationalité et surtout à la technique (rendement social, expansion naturelle, solution technique – São Paulo 1917 –, aglomeración, proyecto orgánico – Buenos Aires) que sur une dimension esthétique qui est restée, semble-t-il, bien peu affirmée à moins que ce flou apparent ne soit une question de choix de corpus.

La deuxième période, celle des gouvernements nationalistes, qui inaugure le temps des rythmes accélérés d’urbanisation, rapproche les conceptions techniques des nouveaux impératifs de la vie urbaine et de la nécessité de l’éducation. En même temps, ces préceptes doivent également prendre en compte le devoir d’invention d’une architecture nationale et d’un style original. Le mot zoning côtoie alors à São Paulo le terme maison à balcon brise-soleil.

Si cette tentative de combiner les préceptes de la Charte d’Athènes et une recherche d’originalité nationale a alimenté les malentendus entre Le Corbusier (qui voyagea deux fois au Brésil) et Lucio Costa, l’architecte de Brasilia, la question sociale urbaine dans sa spécificité latino-américaine constitue dorénavant un paradigme central du discours sur l’urbanisme, qui devient alors un des contextes majeurs de création du lien social (apparition de la superquadra et de l’agencement urbain, selon S. Bresciani, et du conventillo au souci pour le lotissement périphérique populaire à Buenos Aires, selon Alicia Novick).

L’époque actuelle (à partir des années 1960) connaît jusqu’à 1985 des rythmes d’agglomération de millions de personnes à la ville. Elle est donc rattrapée par l’accélération généralisée du rythme d’urbanisation qui voit les modèles singuliers et/ou nationaux se laisser étouffer par l’extension du bâti en dehors de tout code d’urbanisme. Cette réalité qui accompagne la diffusion du concept de Tiers-Monde est appréhendée par les organismes internationaux, seuls à même d’exprimer les besoins urbains et locaux en aide au développement. Ce sont les Nations Unies et la Banque Mondiale, mais aussi la CEPAL, qui forgent alors mots et concepts rendant compte de l’éclatement entre centre et périphérie.

Cette période est donc marquée par une combinatoire entre les termes neutres et aseptisés, mais qui prétendent exprimer le développement urbain (« établissement humain » en est le symbole), et le vocabulaire à consonance marxiste qui fait appel à la fois à l’exclusion sociale à un extrême, et à l’Etat Providence, à l’autre.

Depuis une quinzaine d’années, la démocratie locale, présentée comme corollaire de la décentralisation, qui combine un projet économique national néo-libéral/mondialisé avec les grands thèmes internationaux diffusés par les organisations internationales, notamment celui de l’« écologie urbaine » – sorte de retour à l’hygiénisme – a été le contexte de la naissance d’un vocabulaire de consensus. La participation institutionnalise alors la communauté comme interlocuteur; celle-ci désigne à la fois le groupe social et l’espace urbain « en cours d’urbanisation » sur lequel il vit. Le terme de communauté, c’est évident, protège du stigmate. La contrepartie économique néo-libérale est une tentative d’incorporation du vocabulaire de la gestion des entreprises et/ou de la gouvernance.

Ainsi, la lecture et l’interprétation des mots de la ville comme instruments de normatisation aideront-elles à reconstruire l’histoire des politiques publiques sur la ville et le degré de consensus populaire qu’elles rencontrent.


Notes

1. Toutes ces villes ne sont pas présentées dans les textes qui suivent, mais nous les citons car nombre de travaux qui les concernent, évoquent ce discours.

2. Nous citons ici ces groupes socio-professionnels car ce sont eux qui écrivent des traités et des articles sur la ville.


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