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Quelques aspects du développement aux Iles du Cap-Vert (1975-1999) - Document de discussion No. 49
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Gestion des Transformations Sociales - MOST

Document de discussion - No. 49

 
Quelques aspects du développement économique,
social et politique
aux Iles du Cap-Vert (1975-1999)
par
Elisa Andrade

Ce Document de travail vise à confronter les concepts de développement humain, développement durable ou soutenable, tels qu’ils furent définis par des organismes du système des Nations unies, intériorisés par les deux régimes qui se sont succédés au Cap-Vert (1975-1999) et traduits par la mise en application de leurs politiques et stratégies de développement, compte tenu des différentes étapes de développement et de la nature de l’insertion du pays dans l’économie mondiale.
 

Table des matières

Introduction *

I. L’Héritage colonial *

II. Les politiques et les stratégies de développement économique et social, de la proclamation de l'indépendance à l’heure actuelle *

II.1 Le cadre des politiques économiques *
II.2 Les stratégies globales de développement *
III. Le développement social au Cap-Vert *
III.1 La Première République et le développement social *
III.2 Le développement social sous la deuxième République *
Conclusion *


Introduction

Les concepts de développement humain et de développement durable étant fortement présents dans la plupart des documents relatifs aux aspects multiples du développement économique et social du Cap-Vert (1), nous essayerons tout d’abord de les définir avant d’aborder la problématique qui nous occupe, à la lumière de quelques documents produits dans le cadre du système des Nations unies. Notre but est de vérifier, autant que possible, s’ils ont servi, et dans quelle mesure, de fondement de base aux politiques et stratégies de développement mises en œuvre dans ce pays depuis son indépendance en 1975.

Certains spécialistes en sciences humaines et sociales affirment que le terme développement social est souvent utilisé pour désigner les améliorations du bien-être humain, le développement économique étant considéré comme un moyen de parvenir au développement social. Ou alors il désigne un développement qui ne relèverait pas strictement du développement économique ou du marché, notamment l'amélioration et le développement des services publics ou sociaux comme l'éducation, la santé, l'hygiène publique, l'accès à l'eau potable et à d'autres biens et services pouvant être fournis par les organismes publics.

Selon l'UNESCO, « au-delà de la croissance économique, qui est un moteur et non une fin en soi, le développement est d'abord et avant tout social; il est par ailleurs étroitement lié à la paix, aux droits de l'homme, à l'exercice démocratique du pouvoir et enfin, dans une large mesure, à la culture et au style de vie des peuples » (2).

 

Il est admis aujourd’hui que la croissance économique, bien que jouant un rôle essentiel, ne suffit pas à assurer le développement social. Les stratégies devraient donc être concentrées sur les sociétés et non pas seulement sur les économies. La lutte contre la pauvreté généralisée, l'accroissement du nombre d'emplois productifs et la réduction du chômage, de même que le renforcement de l'intégration sociale, exigent que les considérations sociales soient prises en compte dans la croissance économique et que l'environnement économique international offre suffisamment de possibilités de promouvoir le progrès social à l'échelle mondiale. Progrès social qui implique, entre autres, l’élimination de la misère et la réduction de la pauvreté, la possibilité pour chaque être humain d'exercer un travail rémunérateur, ainsi que la capacité pour chaque société de promouvoir l’intégration nationale.

D’après le Rapport mondial sur le développement humain (PNUD, 1997), la pauvreté signifie une privation de possibilité de choix et d’opportunités qui permettrait aux individus de mener une vie décente, les trois choix essentiels étant : avoir une vie longue et salutaire, acquérir des connaissances et avoir accès aux ressources qui peuvent assurer un niveau de vie convenable. Le concept de développement humain rejoint et est indissociable de celui de développement durable qui intègre trois dimensions (3) :

  • Une dimension écologique parce qu’il tient compte, non seulement des besoins que le système économique est chargé de satisfaire mais aussi, de la manière dont on utilisera, à cette fin, le capital naturel sans le dilapider.
  • Une dimension économique qui désigne les incidences actuelles et futures de l’économie sur l’environnement.
  • Une dimension sociale et politique qui est la dimension proprement humaine [du développement durable] car elle fait du développement un instrument de cohésion sociale et un processus de choix politique. Choix qui doit être avant tout celui de l’équité tant entre générations qu’entre États.
Appréhendée du point de vue du développement humain, viable ou durable, l'intégration sociale - pierre angulaire de toute société qui aspire à plus de justice sociale, d'égalité, de bien-être matériel et de liberté démocratique - implique l'égalité des chances et des droits pour tous.

Au sein de la société, l'intégration sociale doit se manifester par la solidarité, l’interdépendance, le respect de la diversité culturelle, la tolérance envers les styles de vie différents de ce qui est communément admis, mais elle doit se manifester aussi par le courage de remplacer les systèmes en dysfonctionnement par d'autres systèmes plus équitables.

Pour les Nations unies (4), de même que la pauvreté, l'exclusion, quelles qu'en soient les victimes, représente une menace, surtout si le nombre des minorités marginalisées atteint un seuil critique.

Compte tenu de ce que nous venons d'exposer ci-dessus, nous pouvons alors en conclure que le but du développement social est d'assurer le bien-être social, à savoir, la capacité de toute personne de satisfaire ses besoins essentiels et d'atteindre une qualité de vie satisfaisante, dans un cadre d'équité, de justice sociale et de dignité humaine et dans un climat de sécurité.

Dans quelle mesure les politiques économiques et sociales mises en œuvre au Cap-Vert nous permettent-elles d’avancer dans la réalisation de ces idéaux ?
 
 

I. L’Héritage colonial

Après environ quatre siècles de domination coloniale portugaise et plus d’une décennie de lutte politique clandestine (au Cap-Vert et au sein de la diaspora cap-verdienne), ainsi que la lutte armée de libération nationale menée conjointement avec la Guinée Bissau, le pays accède à l’indépendance le 5 juillet 1975. Le premier gouvernement héritera d'un secteur agricole caractérisé soit par la concentration de la propriété (Santiago), soit par sa parcellisation (Fogo) ou alors par la coexistence de ces deux formes dans quelques îles. Le pays traversait une des plus longues périodes de sécheresse dont le début remontait à l'année 1968. De surcroît, il subissait un long processus de désertification et d'érosion qui mettait en cause l'équilibre écologique.

La pêche, essentiellement artisanale, couvrait presque intégralement les besoins de consommation interne. La pêche industrielle, domaine réservé surtout aux capitaux étrangers, était presque entièrement tournée vers l'exportation.

L'industrie, outre son caractère désuet, ne comprenait que quelques installations de transformation agroalimentaire pour l'exportation (conserverie et congélation de poisson), d'extraction (pouzzolane, sel et chaux) et de quelques unités liées à la vocation du Cap-Vert comme point d'escale de la navigation aérienne et maritime (l'aéroport international de Sal, le chantier naval à S. Vicente et les unités de dessalement de l'eau de mer à S. Vicente et à Sal).

Due à la faiblesse de la production agricole et du secteur industriel (d’extraction et de transformation), en 1974 la contribution de ces deux secteurs au PIB n’était que de 15,9% et 6,4% respectivement. D’où un commerce intérieur strictement dépendant de l’extérieur et réservant une place importante aux produits alimentaires (20 à 25% des importations totales durant la décennie qui précéda l’indépendance nationale) (5).

Le déclin continu de l’économie de l’Archipel allié à la période de sécheresse prolongée créèrent une telle situation que durant les dernières années qui précédèrent l’Indépendance, la moitié des dépenses du pays était soutenue par une subvention non remboursable du Portugal. Celle-ci représentait en 1974, environ 54% des dépenses publiques cap-verdiennes.

Comme résultat de cette situation économique fragile, le chômage et le sous-emploi étaient estimés, au début des années 70, à environ 60% de la population active (6).

La situation nutritionnelle était préoccupante, la ration alimentaire ne dépassant pas en moyenne les 1900 calories et 58 grammes de protéines (alors que les besoins sont, en moyenne, de 2 200 et 67 grammes).

La couverture en eau et l’assainissement étaient très limités. On estime qu’au moment de l’indépendance seulement 20% de la population bénéficiait d’eau potable, essentiellement dans les zones urbaines. A cette situation venaient s’ajouter les carences criantes des conditions sanitaires de base et des équipements sociaux. La situation de l’habitat n’était pas moins précaire, surtout dans les zones rurales et suburbaines.

En ce qui concerne la santé, le taux de mortalité générale était de 9,3‰ et celui de la mortalité infantile de 103,9‰.

La situation de l’enseignement se caractérisait, pendant la période 1973-1975, par l’existence d’environ 91,5% des effectifs qui se concentraient dans l’enseignement élémentaire de base (quatre années d’enseignement primaire), 5% dans les deux dernières années de l’enseignement secondaire et 0,5% dans l’enseignement technique. La qualification des professeurs était d’assez bas niveau et le nombre d’écoles nettement insuffisant. Ceci a amené, dans les premières années qui ont suivi l’indépendance, à l’utilisation de la même salle par trois classes à tour de rôle dans une journée, ce qui ramenait les cours à trois heures par jour.

Ainsi, l'État du Cap-Vert se consacrera, dans les premiers temps de l'indépendance, à la rationalisation de l'héritage colonial et au développement des infrastructures du pays. Cela, avec le concours de l'aide internationale notamment avec la commercialisation de l'aide alimentaire pour financer la création de postes d'emploi.

De l’indépendance à nos jours, les principaux instruments de gestion du pays comme les Programmes du gouvernement et les Plans nationaux de développement ont successivement mis en relief le rôle de l’éducation/formation dans le processus de développement ainsi que le besoin de créer de nouveaux emplois, deux préoccupations qui s’intègrent dans la perspective du développement durable. Dans les différentes étapes de développement du pays apparaissent donc des propositions de priorité à accorder à la politique d’éducation, de formation et emploi, de santé et d’action sociale.


II. Les politiques et les stratégies de développement économique et social, de la proclamation de l'indépendance à l’heure actuelle
 
II.1 Le cadre des politiques économiques

A son accession à l’indépendance, le pays s'est doté d'une Loi d'organisation politique de l'Etat (LOPE) qui se limitait à l'organisation des organes du pouvoir d'Etat et à l'énumération de leurs compétences.

La première Constitution de la République ne fut adoptée qu'en septembre 1980. Elle consacrera le monopartisme, dit de démocratie nationale révolutionnaire, qui prétendait se fonder sur l'unité nationale et la participation populaire effective et s'orienter vers la construction d'une société sans exploitation de l'homme par l'homme.

Jusqu'à l'année 1990, les îles du Cap-Vert vivront sous un régime politique de parti unique, le Parti africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), devenu après la rupture en 1980 avec la Guinée Bissau, le Parti africain pour l'Indépendance du Cap-Vert (PAICV).

En 1991, une série d'élections pluralistes met fin au monopartisme et instaure le multipartisme actuellement en vigueur: les élections législatives remportées le 13 janvier 1991 par le parti intitulé, Mouvement pour la Démocratie (MPD); l'élection présidentielle, en mars de la même année, aboutissait à la victoire de Monsieur António Mascarenhas Monteiro sur le Président sortant Monsieur Aristides Pereira; les élections municipales du 15 décembre furent également remportées par le MPD.

Ainsi s'instaure la démocratie pluraliste qui ouvre une phase d'apprentissage par la pratique du respect des droits humains fondamentaux et des peuples, dans la diversité des cultures, des options politiques, des confessions religieuses et dans la tolérance. Pour certains, cette phase est de transition démocratique.

Au milieu de l'année 1991, le MPD, parti de la majorité au pouvoir, adopta son programme de gouvernement dont les options seront précisées dans le IIIe Plan national de développement (PND, 1992-1995). Son exécution ne commença en fait qu'en 1993, après la tenue de la Table ronde des partenaires de développement du Cap-Vert (16-18 novembre 1992).

La nouvelle Constitution adoptée en 1992 proclame (art. 88) que toutes les ressources et richesses économiques du pays, quelles qu’en soient leurs origines et formes, « sont subordonnées à l’intérêt général ». Elle stipule par ailleurs que « les activités économiques ne doivent pas mettre en cause l’écosystème ni contribuer au déséquilibre des rapports entre l’homme et l’environnement ».

Des options du Programme du gouvernement qui sont précisées dans le IIIe PND nous soulignerons:

  • La poursuite et le renforcement de la politique de libéralisation de l'économie introduite par la réforme de 1989 qui accorde la priorité à la lutte contre le chômage et le sous-emploi.
  • Le renforcement des pouvoirs locaux en vue d'une décentralisation effective du processus de développement;
  • La privatisation des entreprises publiques;
  • La stabilisation puis réduction du déficit budgétaire par rapport au PIB;
  • La stabilisation de l'inflation et la préservation de l'équilibre extérieur sans pour autant mettre en cause les investissements productifs.
Les Grandes Options du Plan 1997-2000 reflètent les politiques du gouvernement, assurent la continuité du processus entamé en 1991 et complètent ainsi une décennie de changements structurels profonds aux îles du Cap-Vert. L’une de ces options sera « la promotion du développement humain et social ».


II.2 Les stratégies globales de développement

La stratégie du gouvernement de la première République s'appuyait sur la qualité des ressources humaines et sur la situation géo-économique de l'Archipel.

Au secteur rural fut attribué le rôle d'inverser le cours de la désertification et de l'érosion.

Dans le Ier PND (1982-1985), les principaux objectifs de développement sont ainsi fixés: créer des infrastructures de base et satisfaire les besoins élémentaires de la population en biens alimentaires, santé, logement et éducation. Les ressources seront axées sur le développement rural, l'industrie, les transports et communications du fait de la discontinuité territoriale du pays.

Le IIe PND (1986-1990) maintient les objectifs fixés par le premier et met l'accent sur:

  • Le contrôle des équilibres économiques principaux;
  • L'insertion de l'économie dans le marché mondial en développant particulièrement l'industrie, la pêche, le tourisme et les services;
  • La réduction des inégalités sociales et régionales notamment à travers la réforme agraire.
Avec la IIe République, le programme du gouvernement prétendait s'orienter vers la décentralisation et une plus grande libéralisation tout en luttant contre la misère et le gaspillage.

Par le biais du IIIe PND (1992-1995), le gouvernement prévoit des mesures permettant un développement participatif qui place l'être humain au centre du processus de prise des décisions. C'est-à-dire, un processus de développement humain qui permet l'amélioration de l'instruction, de la nutrition et de l'environnement avec moins de pauvreté et plus de justice sociale.

La politique ci-dessus énoncée présuppose, bien sûr, la jouissance du principe de l'égalité des chances, de la liberté, de l'interaction et de la solidarité sociale.

Le IVe PND (1997-2000) propose de grandes réformes de l’administration, du système financier, du système judiciaire et du parlement. La modernisation de l’État (qui comprend le renforcement du processus de décentralisation), le développement de l’administration et des services publics, l’approfondissement et l’accélération des privatisations, la lutte contre la pauvreté caractériseront ce plan.

 
III. Le développement social au Cap-Vert

III.1 La Première République et le développement social

III.1.1 Education/Formation

Dans son premier Programme (1975-1980), le gouvernement inscrit un ensemble de mesures visant à l’amélioration des ressources humaines du pays, notamment :

  • La préparation de la réforme de l’enseignement et l’adoption de nouveaux programmes d’études en accord avec le contexte et les besoins du moment;
  • L’élargissement du réseau d’écoles primaires;
  • L’appui aux élèves provenant des couches sociales les moins favorisées;
  • L’élévation du niveau de formation des enseignants;
  • Le recrutement de professeurs qualifiés pour les lycées et pour l’école technique.
Durant le gouvernement de 1981-1985, tant le Programme du gouvernement que le Ier PND continuent à accorder une place importante à ce secteur. Le gouvernement entreprend, notamment de:
  • Améliorer le fonctionnement de l’enseignement de base;
  • Réduire de manière significative le nombre des analphabètes;
  • Promouvoir l’élaboration des études nécessaires à la mise en œuvre de la réforme de l’enseignement, notamment en ce qui concerne les systèmes de formation professionnelle, la formation des enseignants et l’organisation et l’administration du système d’éducation;
  • Fixer l’âge de l’entrée scolaire à sept ans;
  • Construire et équiper des salles de classe de manière à mettre terme à leur sur-utilisation et aussi à réduire le nombre des salles louées.
Entre 1979 et 1980, il n’y a pas eu de croissance significative du nombre des effectifs inscrits qui étaient d’environ 61 000.

De 1974 à 1980 le nombre de salles de classes est passé de 717 à 901.

Outre la formation technique et professionnelle à caractère plus ou moins permanent, d’autres activités ont été promues en ce qui concerne la formation extra-scolaire. A souligner, les actions d’alphabétisation adressées aux plus de 15 ans. D’après le recensement général de la population et de l’habitat réalisé en 1980, la tendance allait dans le sens (1975-1980) de réduction du taux d’analphabétisme : moins de 45%.

Durant la période 1986-1990, le gouvernement considéra que la réforme du système d’éducation devait permettre une meilleure adéquation de l’éducation au développement économique et social préconisé, en donnant la priorité à la valorisation des ressources humaines. Il préconisera ainsi :

  • L’amélioration de l’insertion de l’école dans la communauté et au processus de développement socio-économique et culturel;
  • L’amélioration de la qualité, rentabilité et fonctionnalité du système éducatif ;
  • La réduction des inégalités d’accès à l’école;
  • L’élargissement du taux de couverture scolaire et l’octroi d’appui aux populations les plus démunies;
  • Une meilleure articulation entre l’enseignement technique et professionnel, et la formation extra-scolaire;
  • La construction d’une école technique à Praia.
De 1988/89 à 1991/92, le taux de croissance (moyenne annuelle) de l'enseignement de base élémentaire (EBE) sera de 2,1%, avec des variations d'une municipalité à l'autre. Le nombre d'élèves de ce cycle passera de 52 947 en 1988/89 à 56 349 en 1991/92.

En ce qui concerne l'Enseignement de base complémentaire (EBC) comprenant les 5è et 6è classes (après l’école primaire), où le statut social des parents devient un élément de sélection dans l'accès à l'éducation, la situation était moins favorable. Cela, en dépit du fait que le nombre des effectifs ait doublé entre 1980-1990 passant de 6 760 à 13 515.

La croissance des effectifs sera de 8,4% par an, de 1988/89 à 1991/92. Le nombre d'élèves de ce cycle passera de 12 407 en 1988/89 à 15 833 en 1991/92.

La distribution inégale des salles de classe révèle des disparités régionales au détriment des zones rurales, situation qui empire en ce qui concerne le secondaire. Par ailleurs, les élèves doivent souvent parcourir de longues distances pour atteindre les écoles. Ce facteur, allié à ceux de nature socio-économique qui frappent le milieu rural, diminue les chances, surtout des couches les plus pauvres, d'accéder aux niveaux après l'EBE.

La même inégalité au détriment des zones rurales se produit avec la distribution des enseignants. Les villes de Praia (la capitale) et S. Vicente (la deuxième ville en importance) absorbent environ 70,0% des professeurs. De même pour ce qui est de la distribution des enseignants qualifiés.

Les taux bruts de scolarisation par niveau d'enseignement en 1990/91 furent: pour l'EBE 149,0%; l'EBC, 89,0%; le CG 58,0% (les trois premières années du secondaire); le CC 12,0% (le cycle suivant de deux années).

Afin d'éviter le retour à l'analphabétisme, la Direction générale de l'enseignement extra-scolaire (DGEX) adoptera comme stratégie l'alphabétisation suivie de la post-alphabétisation.

III.1.2 L’emploi

Face aux carences des structures productives et à la présence significative d’une main d’œuvre non employée, le premier gouvernement de la première République préconisera un certain nombre de mesures dont notamment :

    • La reconversion des travaux à titre d’aide sociale (FAIMO) à travers des projets de développement;
    • L’utilisation des chômeurs dans des travaux publics;
    • L’établissement d’un inventaire du potentiel de main d’œuvre existant, visant à l’utiliser dans le cadre de l’expansion économique et ainsi réduire les taux de chômage et du sous-emploi;
    • La concentration des ressources disponibles dans la mise en œuvre de politiques de développement industriel visant à l’absorption du chômage et sous-emploi.
Durant la période 1981-1985, le gouvernement essaye, par le biais du Plan, de maintenir les progrès atteints après l’indépendance, surtout en ce qui concerne la création d’emplois temporaires. Il essaye par ailleurs d’améliorer la situation de l’emploi permanent à travers la réalisation d’importants projets générateurs d’emplois. Pour ce faire, certaines mesures sont prises parmi lesquelles nous soulignons :
  • L’augmentation substantielle du volume des investissements et l’adoption de technologies appropriées;
  • Donner continuité aux travaux à haute intensité de main-d’œuvre;
  • Développement de la production populaire.
Face aux tendances constatées en ce qui concerne le taux élevé de croissance démographique (7), le gouvernement décide de débuter une politique démographique qui devrait tenir compte des possibilités de satisfaction minimale des besoins de la population cap-verdienne. Elle comprenait entre autres:
  • Le développement des activités productives;
  • Le contrôle de la croissance démographique;
  • La redéfinition de la politique de l’emploi dans le secteur de la construction et des travaux publics;
  • Le renforcement des services d’emploi particulièrement en ce qui concerne l’analyse des caractéristiques du marché et de l’utilisation de méthodologies de placement;
  • Le renforcement de la formation professionnelle et de main-d’œuvre spécialisée.
En 1990, le chômage frappe environ 30 900 personnes : 63,0% d’hommes (19 500) et 37,0% de femmes (11 300). En cette même année, le taux de chômage de la population active était de 25,9% (8) dont 25,7 de femmes et 26,1 d’hommes. Le taux de chômage était très élevé parmi les jeunes : 70,0% d’entre eux étaient à la recherche de leur premier emploi.

La situation de l'emploi reste préoccupante (plus du quart de la population active) malgré les flux migratoires d'effectifs importants de la population active et la prudence suivie par le gouvernement à l'égard de l'objectif de démantèlement des Fronts de travail à haute intensité de main-d'œuvre (FAIMO) qui offrent du travail et des revenus au tiers environ de la population employée; les femmes et la jeunesse constituent les catégories les plus touchées par le chômage. Ce qui donne lieu au développement de phénomènes d'exode rural et de « bidonvillisation » à la périphérie des deux principaux centres urbains de Praia et de Mindelo (9).

III.1.3 Santé et protection sociale

Dans son Programme, le premier gouvernement du Cap-Vert (1975-1980) définit les bases de sa politique sociale qui accordait une certaine protection aux pauvres et aux groupes de population considérés vulnérables: les enfants, les jeunes, les femmes, les malades chroniques et les handicapés. Il s’est proposé ainsi de:

  • Etendre et assurer le renforcement de la couverture médicale dans toutes les îles; assurer également la gratuité des soins médicaux pour les couches les moins favorisées;
  • Garantir une meilleure assistance aux malades mentaux.
La gratuité des soins sera instaurée, le coût étant supporté par l'Etat et par l'aide extérieure sous forme d'investissements, de coopération technique et d'aide alimentaire.

Les services de SMI/PF, progressivement implantés depuis 1977, seront étendus à toutes les municipalités à partir de 1983 (10).

Malgré les diversités régionales et locales (11), l'accès aux structures de santé répondait en 1987 aux standards recommandés par l'OMS: environ 61,0% de la population totale du pays est à moins d'une demi-heure de marche du service de base le plus proche et 20,0% entre une demi-heure et une heure; 40,0% de la population totale du pays est à moins d'une demi-heure de marche d'une formation sanitaire pouvant lui offrir les services d'un médecin et 10% entre une demi-heure et une heure.

Au Cap-Vert, le taux de mortalité des enfants de 1 à 4 ans est passé de 8,4 ‰ en 1978/82 à 4,0 ‰ en 1983/88 et 1,4 ‰ en 1991.

Selon les critères de l'OMS, en 1988, le Cap-Vert était placé au rang des pays africains subsahariens présentant les plus bas taux de mortalité infantile (Afrique du Sud: 89 ‰; Kenya: 84,0 ‰; Congo et Zimbabwe: 83,0 ‰; Burkina Faso: 79,0 ‰; Cap-Vert: 44,0 ‰; l'île Maurice: 33,0 ‰).

Les maladies infectieuses et parasitaires viennent en tête (32,0% des décès en 1991) des cinq causes principales de la mortalité infantile.

Le taux général de mortalité est de 6,5 ‰. Cette mortalité a pour cause principale les carences nutritionnelles (12).

Dans le domaine de la protection sociale, l’intervention de l’Etat était pratiquement orientée vers la distribution de produits alimentaires de base, l’octroi de subventions, la protection médicale et l’assistance aux handicapés. En fait, ce secteur disposait de peu de ressources et ne comptait pratiquement pas avec l’assistance technique.

III.1.4 L'approvisionnement en eau et l'assainissement

La carence en eau au Cap-Vert freine encore l’approvisionnement des populations, l'amélioration de leur condition sanitaire et le développement socio-économique en général.

Etant donné le nombre très réduit de personnes ayant accès à l’eau potable, l’augmentation de la disponibilité en eau fut considérée comme prioritaire.

Avec l’appui de l’UNICEF et de l’UNSO un projet d’approvisionnement en eau et assainissement en milieu rural (1977- 1981) fut réalisé, touchant particulièrement les îles de Maio, Boavista, São Nicolau et São Vicente.

Bien que l'approvisionnement en eau ait connu des améliorations considérables pendant les années 80, seulement 52,0% de la population avaient l'eau potable en 1991. La situation était plus grave en milieu rural où ce pourcentage descendait à 33,7%. Elle était particulièrement grave dans les zones rurales de Santiago, Fogo et Santo Antão qui comprenaient 85,0% de la population rurale du pays (13).

En ce qui concerne l'assainissement, seulement 9,7% de la population rurale avait accès aux systèmes d’évacuation des déchets, situation qui s'aggravait à Santiago et à Santo Antão (14).

En dépit de la faiblesse de ses ressources naturelles et d'énormes problèmes structurels, l'économie cap-verdienne connaîtra un rythme de croissance positive réelle entre 1975 et 1990: 11% entre 1976 et 1980, 6% entre 1982 et 1985 et 5% à partir de 1985, descendant à 2,3% en 1990.

D'une manière générale, la croissance économique, créée aux deux tiers par les activités du secteur tertiaire, n'a pas engendré la création d'une base économique solide et n'a pas été suffisante pour réduire le chômage qui atteignait environ 26,0% de la population active. Le recours à l'endettement extérieur entraînera un alourdissement du service de la dette provoquant un déficit budgétaire croissant.

En 1990, le secteur primaire ne participera à la formation du PIB que pour environ 15,0%. Le secteur secondaire (construction et essentiellement industries légères de manufactures, transformation des produits de la pêche et production artisanale), participera au long de la décennie 80/90 avec 15-17,0%. La contribution du secteur tertiaire, dont le poids est depuis fort longtemps prépondérant, baissera de 70,0% en 1984 à 66,0% en 1990.

Dans son Rapport Coopération au Développement (1991), le PNUD nous offre un aperçu de la situation de quelques agrégats participant aux équilibres macro-économiques:

Durant l'année 1991, l'Escudo cap-verdien a maintenu sa parité au regard des principales devises (neuf) qui lui servent de référence. Comparé à la valeur du dollar des Etats Unis d'Amérique, la valeur moyenne de l'Escudo est restée aux alentours de 70 escudos pour US $ 1 dollar.

Selon les premières indications disponibles, l'inflation, bien que connaissant une tendance à la croissance ces dernières années, avec un taux maximum avoisinant les 10,0% en 1990, aurait régressé en deçà des 10,0% en 1991.

La politique de l'endettement au Cap-Vert reste, semble-t-il, des plus prudentes. La dette extérieure à la fin de l'année 1990 était estimée à quelques US $ 150 millions de dollars (environ 40% du PNB), constitué pour l'essentiel (95%) de prêts à long terme à des conditions concessionnelles. Le service de la dette aurait quant à lui été ramené, en 1991, à quelques US $ 5 millions de dollars.

Le Commerce extérieur demeure caractérisé par de faibles recettes d'exportation, l'importance des services dans le total des exportations et l'importation considérable de marchandises. Les recettes proviennent essentiellement de l’exportation du poisson et de la banane. Les services sont principalement fournis par le port de Mindelo et l'aéroport international de Sal.
 

III.2 Le développement social sous la deuxième République

Le gouvernement préconisait des mesures permettant un développement participatif qui placerait l'être humain au centre du processus de prise de décisions. Ce qui impliquait la mise en œuvre d’un processus de développement humain favorisant l'amélioration de l'instruction, de la nutrition et de l'environnement avec moins de pauvreté et plus de justice sociale.

III.2.1 Education/Formation

Tendant à créer un environnement propice au développement des initiatives individuelles et communautaires tout en réduisant parallèlement le champ d’intervention de l’État, le premier gouvernement de la deuxième République prévoyait d’assurer:

  • Un enseignement de base qui doterait l’individu des connaissances et habilités, attitudes et valeurs lui permettant de résoudre des problèmes fondamentaux de subsistance et de s’affirmer comme citoyen;
  • Une formation professionnelle devant accorder aux jeunes et adultes des capacités qui leur permettraient de s’adapter aux nouveaux impératifs du marché intérieur du travail;
  • L’élargissement et l’approfondissement de l’enseignement supérieur visant à élever le niveau général de formation en conformité avec le développement de la société cap-verdienne;
  • La garantie d’une articulation entre les différents sous-systèmes de formation ainsi qu’une concertation multisectorielle parmi tous ceux qui interviennent dans le domaine de la formation.
En ce qui concerne la formation professionnelle, bien que d’énormes progrès aient été effectués - surtout depuis la création, en 1982, de l’Institut de formation et perfectionnement professionnel extra-scolaires (IFAP) - le système de formation professionnelle se caractérisait encore par une grande faiblesse institutionnelle, la désarticulation entre les différentes institutions de formation et les entités qui réalisaient ou assuraient la promotion d’actions de formation adressées à leur personnel.

Considérant la formation professionnelle comme une des principales contraintes du développement de l’économie cap-verdienne (manque de cadres de formation moyenne et supérieure et carence d’employés et ouvriers qualifiés et hautement qualifiés) le gouvernement, dans son programme et à travers le Plan (1992-1995), s’est proposé notamment d’appliquer les mesures suivantes:

  • Elargir le réseau de formation existant;
  • Assurer la formation initiale des jeunes pour mieux garantir leur insertion dans la vie active;
  • Lier la formation professionnelle à la politique de l’emploi;
  • Augmenter la formation des travailleurs des FAIMO;
  • Créer des organismes permettant la mise en œuvre des mesures préconisées pour ce secteur.
De multiples transformations sont introduites dans le système d’éducation. Elles concernent essentiellement l’élaboration de nouveaux plans d’études, programmes et matériels didactiques; l’élargissement et l’amélioration du réseau scolaire; la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie dans le domaine de l’éducation des adultes et dans la consolidation du système d’appuis socio-éducatifs.

Dans les groupes d’âge des 7-18 ans, le nombre des effectifs scolarisés est passé de 103 700 en 1991 à 119 000 en 1995.

Le système de formation professionnelle comprend actuellement: l’Institut de l’emploi et formation professionnelle (IEFP), le Conseil de l’emploi et formation professionnelle (CNEFP) et le Fonds de promotion de l’emploi et formation (EPEF).

Bien qu’il y ait un cadre institutionnel plus large et bien défini, des contraintes fonctionnelles subsistent, notamment en ce qui concerne la coordination avec les entreprises et l’articulation avec le système de l’enseignement dont la réforme est toujours en cours.

III.2.2 L’emploi

Le chômage étant l’un des plus grands défis à relever (le quart de la population active), le gouvernement entend que le processus de modernisation de l’économie qui vise le renforcement et la réorientation de l’insertion du pays dans l’économie mondiale doit être mené de façon à garantir un juste équilibre entre l’impératif de la compétitivité, la politique de lutte contre le chômage et la stabilité de l’emploi. Pour ce faire, le gouvernement décide de prendre, entre autres, les mesures suivantes :

  • Encourager les investissements productifs capables d’engendrer plus de bénéfices et d’emplois;
  • Poursuivre la reconversion des FAIMO de façon à concilier l’exécution de projets à haute intensité de main-d’œuvre avec le développement économique.
Durant le deuxième cycle de gouvernement (1996-2000), les Grandes options du Plan (1997-2000) décident d’assurer:
  • La promotion de micro-entreprises visant l’insertion des chômeurs;
  • La promotion et la dynamisation du développement local.
III.2.3 Santé et protection sociale

En dépit des progrès accomplis, depuis l'indépendance, dans l'amélioration de l'état de santé de la population - particulièrement celui des enfants et des femmes - les statistiques de mortalité et de morbidité continuent à refléter les conditions de vie précaires d'une tranche importante de la population.

En ce qui concerne le personnel relevant de ce secteur (cadres moyens ou supérieurs, techniciens ou spécialistes), un très grand effort de formation a été fait, l’assistance technique étant au fur et à mesure remplacée par les nationaux. Mais au niveau des structures physiques d’accueil, s’il y a eu des interventions ponctuelles, elles n’ont pas résolu les problèmes des hôpitaux centraux.

En vue d'assurer la participation des populations aux dépenses en soins de santé, de nouveaux tarifs ont été publiés en décembre 1993 (15). Ils tiennent compte des éléments les plus pauvres de la population en prévoyant la gratuité des soins de santé notamment pour les malades vulnérables, les chômeurs, les travailleurs des FAIMO, les femmes enceintes et les enfants de moins de deux ans.

Un Secrétariat d’État à la promotion sociale est créé visant à assurer simultanément une plus large couverture des groupes moins favorisés et la coordination des interventions des différents ministères à ce niveau.

Les Grandes Options du Plan 1997-2000 admettent qu’au niveau du secteur santé, il y d’une manière générale un déficit d’offre de services, en particulier pour les groupes sociaux les plus vulnérables pour lesquels il y a également une plus grande vulnérabilité aux maladies endémiques et épidémiques. Les maladies infectieuses, spécialement le SIDA, constituent un problème à être pris en considération pour tous. De ce document on peut déduire aussi que l’état de santé des populations est lié aux niveaux de développement économique, social et culturel.

Parmi les priorités définies pour le secteur de protection sociale on peut souligner:

  • La réduction des disparités régionales en ce qui concerne la facilité d’accès aux biens sociaux;
  • La diminution du nombre des pauvres jusqu’en l’an 2000;
  • L’augmentation des biens réels des familles en favorisant les couches sociales à plus faibles revenus;
  • L’amélioration de l’état nutritionnel de la population;
  • L’amélioration des mécanismes de coordination inter-sectoriels et multi-sectoriels des divers intervenants dans le secteur social.
Le combat contre le chômage, le manque d’habitations convenables, les insuffisances de l’assistance médicale et en médicaments, la dégradation de l’environnement et de la qualité de vie, et, d’autre part, l’intégration des divers secteurs de la société dans le processus de développement sont les principales stratégies qui visent à atteindre l’objectif global du gouvernement dans le domaine de la promotion sociale qui est: contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations (16).

III.2.4 L'approvisionnement en eau et l'assainissement

En dépit des efforts déployés et bien que certains objectifs du IIe Plan aient été atteints, le IIIe Plan (1991-1995) considère que les carences sont encore importantes tant en ce qui concerne l’approvisionnement en eau que son assainissement. De grandes disparités régionales subsistent. C’est le cas de la municipalité de Santa Cruz et de la partie rurale de Praia qui ont les niveaux de consommation d’eau les plus bas du pays. Le système d’égouts se réduit toujours aux villes de Mindelo (São Vicente) et de Praia (Santiago). Dans cette dernière, ils ne couvrent que 7,0% de la population. De même, les systèmes de ramassage et d’évacuation des ordures ménagères ne fonctionnent pratiquement qu’à Praia et Mindelo.

Pour l’approvisionnement en eau, le IIIe Plan fixera des objectifs très ambitieux qui ne sont effectivement atteints qu’à São Vicente où le taux de couverture des besoins en eau de la population était de 65,0%.

Face à cette situation, Les Grandes Options du Plan (1997-2000) décident de donner priorité au développement d’un large programme d’assainissement touchant tout le territoire national, particulièrement Praia et les centres secondaires. L’installation d’un laboratoire de contrôle de la qualité de l’eau est aussi prévue dans chaque municipalité.
 

Conclusion

Plutôt qu’une prise de position, nous essayerons ici de faire le point de la situation telle qu’elle se présente à l’heure actuelle - à la lumière de quelques indicateurs tant économiques que sociaux - et de formuler des questionnements qu’elle suscite.

Selon le PND 1997-2000, en 1992 l’économie cap-verdienne reprend le cycle de croissance au même niveau qu’aux meilleures années de 80 (17).

Suivant des estimations du FMI, le taux de croissance, en termes du PIB, au Cap-Vert est passé de 3,04% en 1992 à 5,60% en 1998 (18). Cette croissance est essentiellement due au niveau élevé des dépenses publiques surtout dans les secteurs de transport et communications, infrastructures, énergie et construction (19).

Quant à sa structure, le PIB se maintient sans changements appréciables depuis 1991: le secteur tertiaire continue à donner une plus grande contribution à sa formation, environ 66,0%, suivi du secondaire avec 20,3% et finalement le secteur primaire avec seulement 13,7%.

Le secteur primaire, où se trouve encore la plupart de la population active, a connu une croissance négative durant la période 1991-1997 d’environ 2,9%.

Bien que lon considère acceptable le taux de croissance du PIB par rapport à l’espace dans lequel le Cap-Vert est inséré, le chômage demeure le principal problème social du pays: il atteint 25,7% de la population active (troisième trimestre de 1999). En 1996, le taux de chômage était de 38,0% de la population active avec 29,8% pour les hommes et 47,8% pour les femmes. Considérant les disparités régionales ce taux était de plus de 40,0% à Fogo et São Vicente (20).

Du point de vue macro-économique, la situation est caractérisée par une hausse significative du déficit du secteur public accompagnée d’une forte augmentation de la dette publique. Selon des données officielles, la dette intérieure a sauté de 4,0% du PIB en 1991 à 45,0% en 1997, date à laquelle elle a atteint le montant de 186 millions de dollars (21). Pour éponger cette dette dans un délai de dix ans, le gouvernement a créé un trust fund qui sera alimenté avec les recettes des privatisations et l’aide de la communauté internationale.

En ce qui concerne les indicateurs sociaux, dans la perspective du développement humain durable de l’Archipel, nous mettrons en évidence ce qui suit:

  • En 1995, l’espérance de vie à la naissance était de 71,3 ans pour les femmes et de 65,7 pour les hommes. Le taux de mortalité général qui connaît une baisse significative depuis les années 70 se situe en 1997 à 6,9‰. Pour cette même année, la mortalité infantile était de 38‰ [contre 103,9‰ en 1975] et la juvénile de 3,3‰ (22).
  • Le taux net de scolarisation est d’environ 95,0%; les filles représentent environ 48,9% des élèves de l’enseignement de base intégré (six ans, obligatoires) et les garçons, 51,1%.
  • Il y a une couverture complète des services de santé de base mais le prix des médicaments est élevé. On constate, par ailleurs, une haute incidence des maladies transmissibles avec tendance à l’accroissement de l’infection par HIV.
  • Du point de vue nutritionnel, le régime du cap-verdien est hypocalorique et enregistre des insuffisances en vitamine A, acide ascorbique, calcium et autres éléments nutritifs; en 1994, le taux de malnutrition aiguë était de 5,8% et celui de la malnutrition chronique, de 15,3% (23).
  • Environ 49% de la population n’a pas d’eau potable et 76% n’a pas accès au système d’évacuation et d’assainissement du milieu (24).
  • Sur le plan de l’équité et de l’égalité sociale entre les sexes, les femmes continuent à être les plus affectées par le chômage (56,5% des chômeurs) et par l’analphabétisme (environ 64% du total des analphabètes) (25). Selon des estimations du Rapport de développement humain, Cap-Vert 1998, les hommes jouissent de 67,7% des revenus tandis que les femmes n’en perçoivent que 32,3%.
  • En ce qui concerne la famille, il existe des cas de violence physique par le partenaire pouvant entraîner la mort. Outre la violence physique, on constate aussi la violence psychique. Cette situation s’aggrave par le fait que les femmes, surtout celles du milieu rural, pour des raisons d’ordre culturel, refusent encore de porter plainte (26).
  • Bien qu’on ne dispose pas de chiffres officiels concernant des violences et abus sexuels exercés sur les enfants, il y a des indices sur ces pratiques contre les enfants et adolescents en âge scolaire (27); l’UNICEF considère que le phénomène des enfants dans la rue est caractéristique dans trois centres urbains (Mindelo, Praia et Sal) où on enregistre un nombre significatif (28).
  • Le travail infantile, la délinquance infantile et juvénile, et la prostitution font leur entrée dans l’agenda public. Des services publics et des ONG commencent à prêter une attention spéciale à ce phénomène (29).
  • L’étude sur la situation de la pauvreté au Cap-Vert réalisée en 1994 montrait qu’au niveau national 14,0% de la population sont classés parmi les très pauvres et 30,0% (30) parmi les pauvres. 60% des ménages extrêmement pauvres ont pour chef une femme analphabète (31).
Nous pensons que la situation de pauvreté au Cap-Vert a empiré et cela pour diverses raisons.
  • La restriction des dépenses publiques y compris dans le domaine de la santé; la participation des populations aux coûts de la santé; la complémentarité établie entre la médecine publique et la médecine privée qui marque la politique du gouvernement pour ce secteur. Ce sont des types d’intervention qui, s’ils ne sont pas bien gérés, peuvent approfondir les inégalités d’accès et de la qualité d’offre de soins de santé. La capacité de triage aussi bien de ceux qui peuvent participer aux coûts de la santé que des pauvres et vulnérables qui sont en dehors de tout système de sécurité ou prévoyance sociale est limitée. Ce qui peut entraîner des situations d’inégalité manifeste (32).
  • L’introduction du principe de participation des parents aux coûts de financement de l’éducation - surtout en ce qui concerne le fonctionnement des cantines scolaires - peut aggraver la situation des enfants provenant des milieux moins favorisés si les critères de choix ne sont pas très bien définis. Bien qu’il n’y ait pas encore d’études sur les conditions de vie de ceux qui vivent au seuil de la pauvreté, on considère que beaucoup de Cap-verdiens, …particulièrement ceux en âge scolaire, ne disposent quotidiennement que d’un seul repas chaud, obtenu dans les écoles (33). Cette situation risque de s’aggraver avec la diminution de l’aide du plus grand partenaire du Cap-Vert dans le financement des cantines scolaires : le Programme alimentaire mondial (PAM).
  • Le processus de réorganisation des entreprises d’Etat visant leur privatisation entraîne des licenciements d’un nombre significatif (34) de fonctionnaires, fait qui n’est pas compensé par la création d’emplois dans le secteur privé.
D’après le Rapport national de développement humain (PNUD, 1998), la perspective du développement humain intègre l’ensemble des droits de la personne humaine: elle ne se limite pas à uns vision étroite, exclusivement centrée sur les droits civils et politiques. Il s’agit de mettre en place un cadre dans lequel les progrès du développement humain iront de pair avec ceux des droits de l’homme.

Ce rapport nous renvoie à La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 selon laquelle « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires . » (Article 25). On y affirme encore que toute personne a droit au travail, à l’éducation et à la sécurité sociale. Par la suite, différents instruments internationaux de protection des droits de l’homme ont réaffirmé l’importance du développement axé sur les personnes en tant que droit universel, et identifié, parmi les dimensions supplémentaires de cette forme de développement, la sécurité, la participation à la vie de la société, la liberté d’association, ainsi que l’absence de discrimination et d’exclusion par rapport au processus de développement.

Ce tableau brièvement esquissé de quelques aspects du développement politique, économique et social du Cap-Vert de l’indépendance à nos jours nous amène à poser quelques questions: la libéralisation économique accélérée, telle qu’elle se produit au Cap-Vert où il n’existe pas de classe solide d’entrepreneurs nationaux, peut-elle assurer simultanément la croissance économique et le développement humain durable ? Le processus de privatisation, sans la constitution préalable de conditions permettant au secteur privé national d’en tirer parti, peut-elle assurer la paix et la stabilité nécessaire si, par ailleurs, les choix de politique de développement entraînent ou accroissent le nombre des exclus ?

Le Rapport national de développement humain (PNUD, 1998) s’interroge sur la politique économique mise en œuvre au Cap-Vert : a-t-elle eu comme élément central de structuration la fin ultime qui est le développement humain ou a-t-elle simplement cherché à mettre en place des politiques macro-économiques stables qui garantissent une structure économique rendant le pays plus compétitif dans le cadre d’une économie mondialisée ? Même si cette politique économique permet, suivant les dernières données et informations, une reprise significative de la croissance économique, si elle est déterminée par un besoin non pas seulement intérieur mais découlant aussi de l’intégration du pays dans le marché mondial en transition, est-elle compatible avec la réduction de la pauvreté ? Cette question est d’autant plus importante que le pays est en processus d’ajustement structurel. Enfin, la richesse produite est-elle distribuée équitablement ?

Dans une communication faite à Tarrafal (Santiago, 26-28 avril 1999) à l’occasion d’une Conférence internationale sur le thème Culture, Liberté Démocratie versus Développement, le chercheur guinéen, Carlos Cardoso, disait que la mondialisation n’était pas une fin en soi mais, tout au plus, un moyen pour atteindre une fin déterminée. Cette fin recherchée est un développement durable qui permettrait à chaque citoyen et à chaque nation de décider de sa destinée et de se réaliser comme individu ou comme nation en accord avec ses propres desseins. Si certains cultivent le pessimisme ou une sorte de fatalité quant au processus de mondialisation, Carlos Cardoso nous exhorte à lutter contre le piège de la mondialisation en inventant de nouvelles utopies et en opposant à la mondialisation bourgeoise, dominée par la technologie et par le libéralisme, une mondialisation solidaire, fondée sur des rapports entre des hommes libres.

Pour Cristovam Buarque (35), « le dernier effet nocif [de la modernité technique] c’est la croissante perte de crédibilité dans le futur, particulièrement entre les jeunes. L’absence de projets et d’utopies, qui dépolitisent l’espace public et enferment les individus dans des espaces privés et isolés, crée le risque de l’impuissance, et ainsi, de l’impossibilité de changement ».  Selon encore ce gouvernant local, « dans les pays où subsiste encore avec force la solidarité indigène, les effets de l’exclusion sociale se font sentir de manière moins agressive sur les individus; et cette solidarité, dans le vide créé par la crise d’identité nationale causée par la globalisation nocive, peut être une plate-forme pour la reconstruction d’une nouvelle solidarité ».

En réalité, comme le dit Aldo Ferrer (36), « les idées gravitent de manière décisive dans la conception des stratégies d’insertion des pays dans l’ordre mondial. Or l’histoire du développement et du sous-développement des pays pourrait être écrite en fonction de la manière dont chaque pays a résolu le dilemme de son insertion mondiale » (idem). Dans cette perspective, le Cap-Vert, de par les différentes étapes de son évolution historique, est un paradigme.


Notes

1. Le Cap-Vert (voir carte page suivante) est composé de dix îles (dont neuf habitées) et de cinq îlots d'origine volcanique. Il se situe dans la
zone tropicale de l'Atlantique Nord, à environ 450 km à l'ouest de Dakar. Les îles, qui s'étendent sur une superficie de 4.033 Km2, sont distribuées en deux groupements: 1) Sotavento (Santiago: 991 Km2; Fogo: 476 Km2; Maio: 292 Km2; Brava: 64 Km2) ; 2) Barlavento (Santo Antão: 779 Km2; Boavista: 620 Km2; S. Vicente: 227 Km2; S. Nicolau: 343 Km2; Sal: 216 Km2; Santa Luzia, inhabitée: 35 Km2).

2. UNESCO - En vue de la préparation du sommet mondial pour le développement social, Note d'orientation présentée par le Directeur général de l'UNESCO, juillet 1994.

3. Mondialisation et développement durable, Quelles instances de régulation ? MOST, UNESCO, 1998.

4. Résultats du sommet mondial pour le développement social: projet de déclaration et projet de plan d'action, Assemblée générale, document A/CONF.166/PC/ L.13, New York, 22 août-2 septembre 1994.

5. Les taux de couverture des importations par les exportations sont passés de 17,9% en 1970 à 7,9% en 1971, 7,3% en 1972, 4,3% en 1973 et 3,3% en 1974. Conf. ANDRADE, Elisa, Les îles du Cap Vert de la «découverte» à l’Indépendance nationale (1460-1975), Ed. L’Harmattan, Paris 1996.

6. In Cap-Vert, août 1978, Ministère de la coopération (français), Services des études et questions d’information économique, Paris, 1978.

7. 2,5% pour la décennie 1970, avec tendance à la baisse dans les années 80. Conf. Relatório de Desenvolvimento Humano Cabo Verde 1998.

8. Taux qui cache, bien sûr, des disparités régionales et un sous-emploi structurel

9. PNUD, Coopération et Développement, Rapport 1991, Praia, déc. 1992.

10. SMI/PF veut dire, en portugais, « Serviço de Saúde Materno-infantil/Planeamento familial » (protection maternelle et infantile/Planification familiale). Au niveau de la fécondité, il se dessinait une tendance à sa réduction, exception faite de la classe d'âge des 15-19 ans dont le taux de fécondité avait augmenté. Le nombre moyen d'enfants par femme est passé de 6,4 en 1980 à 5,9 en 1990.

11. Les services médicaux étaient moins accessibles dans les îles plus peuplées et de relief plus accidenté (Santo Antão, la partie rurale de Santiago et Fogo).

12. Gouvernement du Cap-Vert /UNICEF, - Analyse de situation au regard de la condition de la femme et de l'enfant sous le rapport des indices de pauvreté, Rapport du Consultant Eklou, K.O.P., août 1975 ; Analyse de la situation de l'enfant et de la femme en République du Cap-Vert, octobre 1989; Criança e Mulher em Cabo Verde - Análise de Situação, Praia, octobre 1993.

13. overno de Cabo Verde/UNICEF, Criança e Mulher em Cabo Verde, Análise de Situação, Praia, Cap-Vert, 1993.

14. Idem.

15. Avec l'indépendance nationale, la gratuité des soins de santé avait été instaurée, le coût étant pris en charge par l'État et par l'aide extérieure sous forme d'investissements, de coopération technique et d'aide alimentaire.

16. Gouvernement du Cap-Vert/UNICEF, Análise de Situação : Criança e Mulher em Cabo Verde, Praia, Janeiro de 1998.

17. Inquérito Demográfico e de Saúde Reprodutiva, ISDR 1998, FNUAP/VERDEFAM.

18. Chefia do Governo, Gabinete do Primeiro Ministro, Relatório de Actividades do Governo Referente ao Ano de 1998.

19. Les dépenses publiques sont passées de 17,5% du PIB en 1991 à 59,4% en 1995. Conf. Banque africaine de développement, Note de situation, Document de stratégie par pays, sur les défis du développement pour la période 1999-2001, Praia, 16-17 nov. 1998.

20. Iinstituto do Emprego e formação profissional, Inquérito às Forças de Trabalho 1996 – Cabo Verde, Gabinete do Adjunto do Primeiro Ministro, Ed. Ministério para a Qualificação e Emprego, Departamento de Estatística (MQE), Portugal, 1997.

21. Banque africaine de développement, op. cit.

22. PNUD, Cabo Verde, Relatório Nacional de Desenvolvimento Humano 1998, Praia.

23. Idem. Conf. Résultat d’une étude menée par le Ministère de la Santé et l’UNICEF en 1995.

24. Ibedem.

25. Gouvernement du Cap-Vert/UNICEF, Praia, 1998, op. cit.

26. Idem.

27. Ibedem.

28. Ibedem.

29. Ibedem.

30. BANQUE MONDIALE, La pauvreté au Cap-Vert – Evaluation sommaire du problème et stratégie en vue de son allègement, Rapport nº 13126 – CV, Région Afrique, Département Sahel, Division des Opérations-pays, juin 1994.

31. BANQUE MONDIALE, La pauvreté au Cap-Vert – Evaluation sommaire du problème et stratégie en vue de son allègement, Rapport nº 13126 – CV, Région Afrique, Département Sahel, Division des Opérations-pays, juin 1994.

32. PNUD, Cabo Verde, Relatório Nacional de Desenvolvimento Humano 1998, Praia

33. Idem.

34. Ibedem.

35. In Gérer la mondialisation, La politique de l’inclusion: le changement de la responsabilité partagée, Rapport sur les principes démocratiques et la gouvernabilité, Sommet régional pour la politique et le respect des principes démocratiques, Brasília, juillet 1997, Ed. Demos, UNESCO.

36. In Gérer la mondialisation, op. cit.


L’auteur

Elisa Andrade, de nationalité cap-verdienne, est économiste et historienne. Vivant actuellement dans son pays, elle y enseigne L’Histoire du Cap-Vert (XIX-XX siècles) et L’Histoire d’Afrique (même époque) à l’Institut Supérieur de l’Education. Dans le domaine de l’éducation, elle a élaboré des curricula pour l’enseignement de la Culture cap-verdienne au niveau du secondaire. En tant que consultante, elle mène des études, notamment pour des organismes des Nations unies, sur divers domaines de la vie économique et sociale de l’archipel. Elle a publié chez L’Harmattan (1996) Les îles du Cap-Vert de la « découverte" à l’Indépendance nationale (1460-1975) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs (email: elisandre@yahoo.com).


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