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Discussion Paper no 8 - Meeting Tromso 1995 - version francaise
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Gestion des transformations sociales - MOST

Documents de discussion - no. 8

La gestion locale et régionale des transformations économiques, technologiques et environnementales

Rapport de la réunion sous-régionale sur le Programme "Gestion des Transformations Sociales" (MOST)

Tromsø

30-31 mars 1995

par

Svein Jentoft, Nils Aarsaether et Abraham Hallenstvedt,
de l'Université de Tromsø

Les opinions exprimées dans cette série engagent la responsabilité des auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l'UNESCO


Ce document a été présenté à l'occasion d'une conférence intitulée "Combattre la pauvreté, le chômage et l'exclusion sociale : politiques gouvernementales, initiatives des citoyens et développement social", organisée par l'UNESCO à Bologne, en Italie, en collaboration avec l'Université de Bologne et la Ville de Bologne, les 2 et 3 décembre 1994.


Table des Matières

INTRODUCTION
Les tendances mondiales
Les stratégies de survie
Les réponses au niveau local
La société civile
Le réseau, une stratégie de survie?
Les priorités en matière de recherche
Notes


INTRODUCTION

Ce document décrit certains aspects généraux de la recherche en sciences sociales dans l'un des trois domaines du MOST (Gestion des Transformations Sociales) 1. En effet, "la gestion locale et régionale des transformations économiques, technologiques et environnementales" a fait l'objet, les 30 et 31 mars 1995, d'une réunion sous-régionale organisée à l'Université de Tromsø.

A l'occasion de cette réunion, des chercheurs des pays nordiques, de Russie et du Canada ont débattu des priorités et des stratégies en matière de recherche pour la région du nord. L'un des objectifs importants de cette rencontre consistait à encourager la participation internationale et les projets de recherche en collaboration entre les différentes disciplines des sciences sociales dans le cadre du MOST. Un document de travail avait été distribué aux participants en prévision de la conférence, qui contenait un certain nombre d'idées préliminaires et d'axes de recherche possibles. Ce texte a été discuté en plénière et lors des ateliers organisés pendant la réunion.

Le présent document a été révisé au vu des conclusions auxquelles sont parvenues les participants, ainsi que des idées et des opinions exprimées dans leurs contributions. Tous se sont accordés à reconnaître que le thème de la mondialisation et ses répercussions sur les districts périphériques du nord devaient constituer un axe prioritaire des travaux de recherche menés en coopération.


Les tendances mondiales

Ce sont de plus en plus des forces économiques, technologiques et environnementales d'envergure mondiale qui déterminent les destinées locales, quoique de manières ambiguës et imprévisibles. Au niveau de la région, de la collectivité, de l'entreprise et du ménage, ces forces présentent des contraintes nouvelles et des occasions de croissance économique. Pourtant, elles font planer de sérieuses menaces sur les valeurs culturelles et les modes traditionnels d'adaptation socio-économique.

Toutefois, la mondialisation n'est pas un processus déterministe, pas plus qu'elle n'est définie uniquement par des forces externes. En fait, l'avenir des communautés locales est déterminé par l'interaction entre les événements qui se produisent au niveau mondial et au niveau local. Ainsi, d'un point de vue analytique, la problématique de la mondialisation doit être dialectique. Comme le dit Anthony Giddens, "les tendances mondialisatrices de la modernité sont à la fois dénotatives et connotatives : elles relient les individus à des systèmes d'envergure dans le cadre d'une dialectique complexe du changement, local et mondial " 2. De même, Eikeland fait valoir qu'avec la mondialisation, il faut se concentrer non seulement sur le "local", mais aussi sur les relations et sur les interactions entre les localités et les régions 3.

Nous pensons que cette dialectique doit être l'un des axes principaux du programme de recherche MOST pour la région du nord. Les forces mondiales nécessitent et suscitent des réactions au niveau local et régional. Même les communautés et les régions les plus périphériques du nord se retrouvent aujourd'hui dans une situation où elles doivent apprendre à vivre dans un monde de plus en plus global. L'isolationnisme ne saurait constituer une stratégie de survie. Avant de pouvoir espérer trouver des réponses aux aspects plus concrets, davantage liés aux politiques à mettre en oeuvre, telles que la manière la plus efficace pour les communautés et les régions de gérer les ambiguïtés de la modernité, il nous faut commencer au niveau empirique par analyser la manière dont elles fonctionnent aujourd'hui. Nous pensons qu'il existe des enseignements à tirer d'une comparaison entre les échecs et les succès, et que la démarche la plus productive sera celle d'une recherche comparative entre tous les pays de la région circumpolaire.

La mondialisation a plusieurs effets sur les communautés, tels que ceux décrits par Pascal Byé dans l'un des Documents de discussion du MOST 4 : premièrement, la mondialisation provoque un changement social du fait que les économies locales sont absorbées par les marchés mondiaux des capitaux et des produits de base dominés par les multinationales; deuxièmement, elle fait voler en éclats la spécificité des identités culturelles et des systèmes de valeurs, notamment à cause des médias internationaux. Un troisième effet de la mondialisation concerne l'urbanisation et la rupture de l'équilibre entre l'homme et la nature.

Ces tendances existent dans les régions périphériques et dans divers contextes culturels du nord. Si, en certains endroits et à certaines périodes, la mondialisation est synonyme de nouveaux débouchés d'emplois et d'une amélioration du bien-être de la population, elle a plus souvent pour effet de creuser les déséquilibres socio-économiques et écologiques. L'un des effets de la mondialisation est la concentration du pouvoir, du capital et de l'information dans les régions urbaines "prospères", laquelle s'accompagne d'un déclin économique et démographique des régions rurales. En fait, bien des communautés rurales du nord sont aujourd'hui sur le point de disparaître du fait de la surexploitation, depuis des années, des ressources naturelles dont elles dépendent. Dans le domaine de la pêche, par exemple, c'est la présence d'une flotte de grands chalutiers industriels au large des frontières territoriales nationales qui est largement responsable d'une crise aux effets destructeurs pour les communautés côtières. Il serait difficile de trouver, à cet égard, meilleur exemple que celui de Terre-Neuve, au Canada 5.

Toutefois, il existe toute une série de manières dont on peut contrecarrer les effets, sur les régions périphériques, d'une concentration industrielle excessive, des réseaux de communication informatisés et de la domination économique et culturelle des centres urbains. Au lieu de limiter les communautés périphériques à un rôle de spectateurs passifs, le défi de la mondialisation va susciter une réponse locale, qui ne sera peut-être pas une simple réaction. Elle peut aussi se traduire par des initiatives. Si la saturation des marchés issue d'un flux mondial de produits bon marchés fabriqués en série peut empêcher les régions moins avancées de devenir des forteresses économiques d'envergure planétaire, il est probable que nous allons voir apparaître sur le marché des créneaux nouveaux et plus localisés, porteurs d'occasions d'innovation et de croissance. Les conditions susceptibles d'empêcher ou, au contraire, d'aider les communautés périphériques à tirer pleinement parti de ces débouchés constituent un thème de recherche important. De surcroît, les communautés, les groupes sociaux ou les classes peuvent réagir différemment dans la mesure où ils sont soumis à des contraintes institutionnelles complexes et diverses. La différenciation socio-économique qui peut ainsi résulter de la mondialisation est un autre domaine de recherche sociale possible.

Notons en particulier que la mondialisation ne se limite pas à la seule sphère économique. Elle concerne aussi la culture. Elle touche à l'identité des peuples, à l'image qu'ils ont d'eux-mêmes et à leur sentiment d'appartenance. Le "village planétaire" est une communauté imaginée, elle existe dans l'esprit des gens 6. Un programme de recherche MOST sur la région du nord doit porter aussi sur les aspects symboliques de la mondialisation et sur la perception qu'en ont différents sous-groupes et strates de la société. A cet égard, le rôle des enfants et des jeunes adultes en tant qu'"artisans du changement" est un phénomène particulièrement intéressant.

La mondialisation n'est pas une force synchrone. Elle peut se produire à des cadences différentes d'une région à l'autre, en fonction de l'abondance relative des ressources naturelles, des normes de communications, du niveau d'instruction, de l'existence d'obstacles commerciaux et de la situation économique en général. La mondialisation ne se fait pas non plus à sens unique. En fait, dans certaines régions du nord, les tendances vont même dans la direction opposées, c'est-à-dire que l'on est en train de passer d'une économie hier tournée sur le reste du monde à une économie plus localisée. On ne saurait trouver, à cet égard, meilleur exemple que celui de la Russie, où la crise et la privatisation ont radicalement bouleversé la structure de la production industrielle. Comme Jørgen Ole Bærenholdt le souligne, "les centres qui approvisionnaient jadis le vaste marché soviétique grâce à des pêcheries en haute mer d'une grande complexité technologique ont été démantelés. Aujourd'hui, les pêcheries du nord-ouest de la Russie ont été reléguées à la périphérie, puisqu'elles se limitent à fournir leur matière première à des centres de traitement et de consommation du poisson au sein de l'Union Européenne." 7.

Les économies régionales fondées sur les ressources de la pêche ont toujours été très ouvertes. Dans certaines régions du nord, les liens commerciaux avec le monde extérieur existent depuis des générations. Par conséquent, il ne faudrait pas nécessairement voir dans la mondialisation une tendance récente. Dans le cas de Terre-Neuve, Sinclair (op. cit.) fait valoir :

Il est tentant de considérer la mondialisation comme un processus de la fin du vingtième siècle qui n'a touché les zones périphériques que récemment. Aussi valable que cette thèse puisse être en certains endroits, il serait trompeur de penser qu'elle s'applique aux régions rurales de Terre-Neuve où, depuis des siècles, la survie passe par une adaptation à l'économie internationale. Terre-Neuve a exporté sa production de poisson en Europe, aux Caraïbes et au Brésil à diverses époques de son histoire, et ces liens commerciaux ont permis le développement d'activités de subsistance locales fondées sur une utilisation extensive des ressources naturelles de la terre et de la mer. Le fait que l'énergie, la nourriture et le logement proviennent dans une large mesure du secteur informel de l'économie ne diminue en rien l'importance des liens de Terre-Neuve avec le reste du monde avant le vingtième siècle. Les événements survenus ailleurs conditionnent les événements survenus localement. Il ne faut pas oublier non plus que cette province canadienne ne s'est pas limitée à l'exploitation du poisson, puisqu'elle a aussi exploité ses ressources forestières, son énergie électrique et divers minéraux.
Si la mondialisation de l'économie est légitimée par la meilleure efficience de la production qu'elle permet et par le surcroît de bien-être qu'elle est censé apporter à la collectivité dans son ensemble, elle signifie également que les processus économiques sont de plus en plus soustraits de leurs contextes sociaux ou géographiques concrets. Pour reprendre les termes de Anthony Giddens (op. cit.), il s'agit du processus de déracinement, un processus par lequel les activités économiques sont "sorties" de leur contexte local et reconstituées au-delà des frontières. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les effets de ce phénomène sur les régions périphériques sont incertains : on ne compte plus les exemples de catastrophes écologiques, d'anéantissement des capacités productives dans les régions dépossédées de leurs actifs, de progression de la criminalité économique internationale, etc. La prévalence de ces phénomènes dans notre région pourrait faire l'objet de recherches empiriques, de même que leurs conséquences moins tangibles telles que l'érosion de la solidarité sociale et des traditions de coopération économique ou la diminution de la confiance et de la familiarité au sein des communautés locales. La disparition de valeurs aussi cruciales risque de rendre les communautés périphériques moins attrayantes. Il faut pas oublier non plus l'influence néfaste du climat d'investissement, si important pour le développement économique.


Les stratégies de survie

La mondialisation de l'économie n'est pas l'issue automatique d'un processus "naturel", mais plutôt le résultat cumulatif d'une série de choix délibérés faits par des entrepreneurs privés, des entreprises locales, des multinationales, des Etats-nations et des organisations internationales. Ces choix, qui répondent à des motivations et à des intérêts spécifiques, peuvent être évalués en fonction de critères tels que la mesure dans laquelle les objectifs d'ensemble ont été atteints, l'efficience économique, les effets de redistribution du bien-être social, le développement régional et autres considérations du même ordre.

Si un grand nombre des problèmes que la mondialisation entraîne dans les communautés locales sont suffisamment complexes pour nécessiter l'aide des pouvoirs publics au niveau national, voire supra-national, les modèles de gouvernement hiérarchiques (du sommet vers la base) sont de plus en plus considérés comme déplacés. Plus que jamais, les conséquences locales de la mondialisation appellent un dialogue participatif et conséquent entre les communautés locales et les Etats centralisés. Pour la périphérie, les dispositifs conventionnels de planification macro-économique, tels que ceux inspirés de Keynes, ne suffiront pas. Pas plus d'ailleurs que les stratégies traditionnelles axées sur les industries lourdes de fabrication. Les échecs économiques et écologiques de telles politiques d'investissement sont évidents dans les régions périphériques du nord. De surcroît, la solution de l'"ajustement structurel", qui consiste à mettre en place des infrastructures de base pour attirer de nouveaux investisseurs potentiels dans des zones marginales en déclin, constitue, au mieux, une condition nécessaire mais pas suffisante. Ces réponses ont le plus souvent un caractère hiérarchique, c'est-à-dire qu'elles sont imposées par le sommet à la base, qu'elles "viennent d'en haut". En outre, elles sont souvent fortement influencées par les idéologies politiques dominantes et la force relative d'acteurs basés au centre, comme les groupes de pression industriels, les syndicats et les organisations de protection de l'environnement. Le mode d'élaboration de ces politiques et de ces initiatives de planification externes, leur évolution dans le temps et leur incidence sur la manière dont les communautés marginales vont réagir aux défis mondiaux sont autant de questions qui se prêteraient à un effort de recherche collectif dans le cadre de programmes comme le MOST.

Ainsi que l'ont fait remarquer la Commission Bruntland et les participants à la réunion de la CNUED, il serait tout à fait normal que les communautés locales, les organisations non gouvernementales et les groupes ethniques aient leur mot à dire dans la planification des initiatives de conservation et d'exploitation des ressources qu'ils utilisent 8. Plusieurs arguments militent en faveur d'une participation populaire : pour être socialement équitables, les stratégies de développement durable doivent permettre une contribution locale. En outre, pour être efficaces, les systèmes de gouvernement doivent être considérés comme acceptables par les groupes concernés. Dans les sociétés démocratiques, la population sera peu encline à cautionner et à financer des mécanismes réglementaires si elle n'a qu'un rôle passif à jouer. Les modèles de gouvernement dits participatifs, par contre, associent les communautés locales à la conception, à la mise en oeuvre et à l'application des dispositifs réglementaires. Ainsi, ils peuvent contribuer à favoriser les principes de protection et de défense de l'environnement.

Toutefois, comme Rasmussen et al le soulignent, la responsabilisation des communautés locales ne supprime pas la nécessité de dispositifs de gestion internationale "dans la mesure où un grand nombre des ressources naturelles du nord, tout comme les polluants, ne connaissent pas les frontières ou, comme dans le cas de beaucoup de ressources vivantes, sont le plus souvent constituées de populations fortement migratoires." 9. Telles sont précisément les raisons pour lesquelles la Commission Bruntland a insisté sur la nécessité de disposer d'institutions supranationales.

Avec le démantèlement des frontières géo-politiques dans l'hémisphère nord, on voit apparaître une nouvelle forme de régionalisme. Même si elle est encore en gestation, la région de Barents englobant les zones septentrionales de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et de la Russie constitue à cet égard un bon exemple 10. Une autre initiative du même ordre est en train de se mettre en place dans la région de la mer Baltique 11. Comme Bo Svensson le fait valoir, "les efforts déployés par certains au niveau local ou régional en vue d'instaurer une coopération est-ouest dans la région euro-arctique, méritent qu'on s'y intéresse. Ils constituent un exemple de la manière dont des régions périphériques cherchent de nouveaux moyens d'éviter la marginalisation." 12

De telles initiatives ouvrent plusieurs pistes de recherche susceptibles de faire l'objet d'une initiative dans le cadre du MOST : quelles fonctions pourrait avoir la coopération régionale? Quels sont les facteurs qui empêchent une action collective transnationale, au-delà des obstacles culturels, politiques et commerciaux? Comment les communautés locales s'adaptent-elles aux possibilités qui s'offrent à elles et aux défis de ce régionalisme d'un type nouveau? De quelle manière la formation de "districts industriels régionaux" est-elle vraiment un moyen réaliste pour les communautés locales de gérer une économie mondiale par nature instable? 13 Quelles sont, pour ces districts, les économies d'échelle et de gamme potentielles?

Le processus d'élaboration des politiques à l'intérieur du triangle région-Etat-communauté locale constitue un autre thème de recherche intéressant. Le soutien régional peut-il renforcer le rôle des collectivités locales dans le processus décisionnel national? Comme le fait valoir Juha Tolonen (voir note de bas de page ndeg. 11) :

Il y a deux manières d'envisager la coopération régionale. On peut y voir l'expression d'une coopération d'origine centrale (étatique), ce qui n'est pas particulièrement intéressant. Mais on peut aussi y voir le premier niveau auquel s'exerce véritablement une forme nouvelle et concrète de coopération. Dans ce cas, la coopération au niveau de l'Etat sert essentiellement à soutenir et à appuyer ce qui se passe à l'échelon régional.
Face à la mondialisation, la survie de la communauté dépend de la mise en oeuvre de stratégies qui se situent entre ces deux extrêmes : le repli sur soi total ou la reddition à des forces exogènes. Pour survivre, les communautés marginales doivent mettre en oeuvre des stratégies à la fois défensives et offensives au niveau local, national et régional. Dans une certaine mesure, ces stratégies de survie devront reposer sur les restrictions élaborées, déployées et appliquées au niveau régional (comme dans le cadre d'une région de Barents) ou national (par exemple, dans des secteurs où la maîtrise des récoltes de ressources naturelles est cruciale). Mais l'efficacité de ces stratégies dépend également des initiatives issues des niveaux inférieurs. Ainsi, les réseaux mondiaux de l'information vont probablement devenir une condition nécessaire à la survie économique des communautés périphériques. Pour les communautés, ces réseaux existent pour qu'elles s'en servent. Certains aspects de leur structure socio-économique et de leur culture méritent une attention spéciale et un soutien de la part des gouvernements.


Les réponses au niveau local

Les réponses locales à la mondialisation peuvent provenir spontanément des particuliers, des ménages et des entreprises. Les efforts peuvent être strictement individuels et "privatisés", comme lorsque les gens, par nécessité ou par opportunisme, passent du marché du travail officiel et déclaré au marché parallèle. Dans les communautés maritimes du nord de la Norvège et dans les régions atlantiques du Canada, la pêche artisanale a toujours eu un rôle d'absorption de la main-d'oeuvre excédentaire en périodes de chômage 14. Les pénuries de ressources et les restrictions à la pêche imposées par la suite par les gouvernements ont, dans l'ensemble, contribué à faire disparaître ce rôle.

Les défis mondiaux peuvent aussi se traduire par l'instauration d'une coopération, par la constitution de réseaux et par une action collective dans le cadre de laquelle les communautés font appel à leurs valeurs de solidarité sociale et à leurs traditions d'entraide 15. Dans le "village planétaire", les valeurs et les identités culturelles traditionnelles sont menacées. Il existe cependant de nombreux exemples de communautés et de groupes ethniques qui, sous la pression du monde extérieur, ont pris conscience de leur patrimoine culturel et ont alors entrepris de faire revivre leurs coutumes traditionnelles 16. Ainsi, les effets de la mondialisation peuvent se produire dans les deux sens : soit l'influence mondiale peut déboucher sur une différenciation sociale, une atomisation, voire le chaos, comme l'illustre le processus actuel de privatisation dans certaines régions d'Europe de l'Est 17. Ou à l'inverse, elle peut inciter la communauté à renforcer sa cohésion et à consolider sa continuité culturelle par une réponse sociale délibérée. Les conditions dans lesquelles l'un ou l'autre phénomène se produisent constituent un thème de recherche essentiel.

L'influence de la mondialisation sur les mentalités est un autre axe d'investigation intéressant. L'étude menée par Gjertrud Sæther dans les villages des régions rurales de Russie, les "mir", constitue à cet égard un exemple intéressant. En fait, le mot "mir" a, en russe, plusieurs significations. Il peut vouloir dire la collectivité, le monde et la paix. Les habitants d'une localité peuvent avoir simultanément plusieurs images de leurs communautés et d'eux-mêmes. Ainsi, il n'y a pas nécessairement de conflit entre tradition et modernité. Sæther soutient que, dans ces villages, les gens vivent à différentes époques, celle du monde moderne qui leur arrive par la modernisation et l'industrialisation de l'agriculture et celle du monde caractérisé par des mentalités de l'ère pré-industrielle 18.

La réponse locale à la mondialisation peut aussi être institutionnelle. Les stratégies mises en oeuvre peuvent reposer sur les structures politiques ou communales existantes telles que les pouvoirs locaux, les comités de voisinage, les organisations féminines et les associations religieuses 19. Il conviendrait de se pencher sur le rôle des organisations et des institutions, qu'elles soient gouvernementales ou pas, pour bien comprendre leur contribution potentielle au changement ou leurs fonctions de pôles de stabilité et de cohérence. Dans son exposé, Martti Siisiäinen soulève une série de questions relatives au rôle des organisations bénévoles 20. Il fait valoir que les "mouvements sociaux et les associations bénévoles peuvent être assimilés à des conseillers politiques dans la mesure où ils jouent le rôle d'intermédiaires entre les valeurs et les intérêts de la population locale d'une part, et le système représenté par les élites politiques, d'autre part." Ainsi, la question se pose de savoir comme ils remplissent exactement ce rôle de médiation. Dans quelle mesure s'agit-il d'un processus unilatéral? Siisiäinen estime qu'un intérêt, quel qu'il soit, doit, pour se concrétiser, "passer au travers" de trois filtres dans son cheminement politique. Le premier de ces filtres est la formation d'un consensus collectif, le deuxième concerne la sélection des participants susceptibles de parler au nom des autres; le troisième filtre se situe au niveau des organisations bénévoles, dans leurs procédures bureaucratiques et de leurs caractéristiques souvent oligarchiques. La manière dont les préoccupations et les exigences locales restent bloquées dans l'un ou l'autre de ces filtres ou, au contraire, parviennent à les traverser, est une question qui devrait faire l'objet d'une recherche de sciences sociales.


La société civile

On peut s'attendre que toutes les régions périphériques du nord vont "panacher" les stratégies hiérarchiques, venues d'en haut, avec celles qui auront été conçues au niveau de la base, mais que l'importance relative des unes et des autres variera selon les endroits. Par conséquent, au lieu d'insister dans notre analyse sur une division entre le niveaux local ou régional, d'une part et le niveau central du gouvernement, nous devrions, comme l'a souligné Giddens, élaborer des concepts qui mettent en lumière la dialectique du changement à l'échelle locale ou mondiale. Dans ce processus, les institutions et les politiques au niveau national servent d'intermédiaires entre les événements qui se produisent sur la scène locale et ceux qui surviennent à l'échelle planétaire.

En tant que telles, les stratégies locales risquent de ne pas permettre à leurs auteurs de relever les défis mondiaux. Toutefois, si elles s'inscrivent dans le cadre d'une démarche intégrée de "co-gestion", elles ont plus de chances de réussir, si les responsables de l'élaboration des politiques sont à l'écoute des besoins et des soucis locaux, permettent la participation des communautés concernées et sont aptes à traiter de problèmes de plus grande envergure 21.

La principale différence entre une planification hiérarchique et une planification locale tient au fait que l'une et l'autre n'accordent pas la même importance au rapport entre normalisation et hiérarchie, d'une part, et à la spécificité culturelle et à l'autonomie locale, d'autre part. Pour avoir, dans les régions périphériques, un développement efficace sur le plan économique et juste sur le plan social, il faut un respect mutuel et des relations de partenariat entre l'échelon central de gouvernement et le niveau local. Il est également important de noter que l'autonomie de la communauté et les stratégies de responsabilisation peuvent tout à fait venir d'en-haut, dans le cadre d'un effort visant à favoriser une participation de la base au processus de planification 22. Sans le consentement, les encouragements et le soutien du gouvernement central, la participation locale risque d'être moins efficace.

On peut atténuer les effets négatifs que les bouleversements sociaux peuvent avoir sur les régions périphériques si la population touchée a pour tradition de s'organiser en vue de régler ensemble les problèmes qui surgissent. Les processus de spécialisation fonctionnelle et de différenciation sociale qui résultent de la modernisation et de la mondialisation peuvent avoir réduit, sinon supprimé entièrement, la capacité de la population locale à agir de manière collective. Dans ce cas, les entités comme les pouvoirs municipaux, les organisations régionales parrainées par le gouvernement ou des groupements bénévoles privés comme des particuliers, des Eglises, des syndicats, des associations industrielles, etc. peuvent prendre le relais et assumer de nouveaux rôles, pour autant cependant qu'elles puissent démêler et comprendre les intérêts contradictoires et les visions du monde opposées issus du processus de mondialisation.

Grâce au soutien institutionnel plus stable dont elles bénéficient, les émanations des pouvoirs locaux sont souvent mieux placées pour favoriser le changement que les organisations régionales ou que les associations communautaires bénévoles. Par contre, étant des organismes publics, elles risquent d'être bureaucratisées ou aux mains d'une élite locale, ce qui les rend incapables de s'adapter à des conditions nouvelles comme, par exemple, à des mandants désireux de participer davantage à la vie publique. Le processus d'élaboration des politiques au niveau municipal ou régional est un autre axe de recherche possible, notamment pour ce qui est du rôle des organismes bénévoles et des groupements d'usagers. D'aucun prétendent que les organismes bénévoles auraient, dans le domaine de la prestation de services d'aide et de protection sociales et de la création d'emplois, un rôle à jouer qu'elles n'ont pas encore pleinement exploité. Toutefois, cette fonction risque d'être fortement influencée, voire limitée, par l'intervention de l'Etat dans la gestion locale. Ainsi, l'interaction entre l'échelon central et le niveau local, née des stratégies mises en oeuvre aux deux extrémités du spectre, constitue un autre thème de recherche intéressant.

Deux aspects de la conception institutionnelle intéressent tout particulièrement les chercheurs en sciences sociales et les décideurs :

* L'intégration : comment associer au processus politique les particuliers et les ménages qui ne font pas partie d'une organisation, et ceux qui ne participent pas régulièrement aux élections? Comment faire en sorte que les femmes participent sur un pied d'égalité avec les hommes? Les plus démunis sur le plan politique seront vraisemblablement les premiers à perdre leur emploi au moment de la fermeture d'industries primaires et secondaires peu rentables. D'après Byé, "...l'apparition de nouvelles formes de solidarité entre les individus, souvent dans la sphère non commerciale" (op. cit. p. 11) est essentielle. Les facteurs conditionnant l'émergence d'une telle solidarité constituent un thème de recherche important.

* la scène politique : une véritable participation du public est souvent rendue difficile par l'absence de tribunes qui permettent aux gens de faire connaître leurs préoccupations. Ainsi que Leena Suopajärvi l'a décrit, il en résulte notamment une perte de confiance dans le système politique en tant que tel 23. Comment pourrait-on créer de telles tribunes? Que peut-on faire localement et comment les agences gouvernementales peuvent-elles se montrer créatives et originales à cet égard?

Les institutions politiques doivent être conçues de manière à activer un véritable dispositif de communication, qui assure à la périphérie une participation effective et équitable au processus politique. Tel est le point de vue sous lequel il faudrait également se placer pour étudier les formes institutionnelles existantes. De nombreux aspects des institutions politiques mériteraient de faire l'objet de travaux de recherches : les modèles de développement régional peuvent-ils vraiment être transposés d'un pays à l'autre, et d'un district périphérique à l'autre? L'aide aux processus de la société civile, ou leur reconstruction, doivent-elles toujours être ancrées dans l'histoire et dans le contexte particuliers de chaque région ou de chaque localité? Quelle est la marge de manoeuvre dont on dispose ici? Dans quelles circonstances les institutions de la société civile peuvent-elles être productives dans des structures communautaires non égalitaires? Comment les institutions gouvernementales peuvent-elles être rendues moins bureaucratiques et plus flexibles? Comment faire en sorte de réunir les conditions de l'esprit d'entreprise et d'un leadership socio-politique légitime? Quelles mesures faudrait-il prendre pour amener le gouvernement à prendre une part plus active à la survie de la localité dans une économie globale, sans qu'il adopte pour autant un rôle paternaliste vis-à-vis de la périphérie?


Le réseau, une stratégie de survie?

On a montré que les petites entreprises ont la possibilité, en tissant des réseaux, de devenir extrêmement concurrentielles sur les marchés mondiaux. La "spécialisation flexible" (une évolution documentée au sein de The Third Italy) présente, à cet égard, un intérêt particulier 24. Le modèle de la spécialisation flexible constitue une autre voie par rapport à la version "fordiste" de la modernisation. Les deux modèles cherchent un moyen de résister à un environnement instable. Mais si le premier, en faisant appel à la production en petits lots, aux technologies intermédiaires et aux traditions artisanales, recherche cette résistance par l'adaptation rapide, le second vise la robustesse et la solidité par le recours à une production en série de grande envergure et standardisée. Si l'approche fordiste est soustraite à l'environnement locale, la spécialisation flexible tire parti de tous les bienfaits qu'elle peut trouver à un ancrage profond dans la communauté. En tant que tel, le modèle de la spécialisation flexible est désormais diffusé dans le monde entier en tant que stratégie susceptible d'aider les industries et les communautés à faire face. Il serait intéressant de voir si la même tendance existe dans les communautés périphériques du nord. En d'autres termes, le slogan "pensez mondial et agissez local" y a-t-il d'ores et déjà été adopté et mis en pratique? Quels effets a-t-il eu sur la durabilité de la communauté?

Si l'on veut que la stratégie de la spécialisation flexible puisse réussir, il est important de tirer pleinement parti des avantages qu'offrent les nouvelles technologies de télécommunications et d'information. A une cadence de plus en plus rapide, ces techniques sont en train de bouleverser la nature des échanges d'informations à l'intérieur des organisations et entre elles, et ce à tous les niveaux. L'entreprise commerciale est touchée au niveau de ses relations internes et externes. Les transactions entre consommateurs et producteurs et les relations entre le public et le gouvernement ont, elles aussi, radicalement changé. On dispose aujourd'hui d'un outil nouveau pour établir un contact direct, instantané et continu avec l'étranger.

Les communautés périphériques qui étaient jusqu'à présent à l'abri de la pression de l'industrie internationale de l'information sont en train de devenir fortement et largement reliées au monde extérieur par des réseaux de communication mondiaux. Correctement utilisés, ces réseaux pourraient faire partie intégrante d'une stratégie locale mise en oeuvre par la périphérie pour assurer sa survie dans une économie mondialisée. Ainsi, cette nouvelle technologie pourrait être mise au service d'un "programme d'éducation à distance" qui permettrait aux résidents d'une localité d'accéder à l'information sans avoir à se déplacer, voire en restant chez eux. Ceci pourrait contribuer à modifier le rôle latent que le système éducatif a joué dans le passé, à savoir celui de "sésame" du marché national de l'emploi. Lorsque les jeunes devaient quitter leur ville ou leur village pour aller faire leurs études, la plupart du temps, ils ne revenaient pas s'établir au pays 25. Les nouvelles technologies de l'information et leur contribution possible à l'amélioration des compétences dans les régions périphériques offrent réellement des perspectives prometteuses, qui ne devraient pas passer inaperçues du MOST.

Il est difficile de prévoir ce que nous réserve l'avenir dans le domaine des télécommunications. A l'heure actuelle (début 1995), on estime que le nombre des usagers d'Internet augmente au rythme d'environ 1 million de personnes par mois, et que, d'ici cinq ans, ils devraient être 100 millions au total. Il y a ceux qui, comme Alvin Toffler (Le choc du futur) parlent d'une nouvelle révolution industrielle, tandis que d'autres estiment qu'il est encore trop tôt pour se prononcer. Cependant, on attend de profonds changements. Vladimir Putilov prédit une forte augmentation des flux d'informations entre l'Est et l'Ouest au fur et à mesure que la nouvelle technologie va être rapidement adoptée dans le nord de la Russie 26. Il s'agit-là de processus dont nous pensons qu'ils devraient être au premier plan du programme de recherche MOST pour notre région. Encore une fois, il existe un certain nombre d'ambiguïtés et de dilemmes à traiter :

* Les politiques de communications. Il conviendrait d'explorer les répercussions effectives et potentielles, sur les communautés périphériques, de technologies comme le Système européen mondial de communications mobiles (European Global System for Mobile Communications), le courrier électronique et l'Internet. Si une intervention de la part des pouvoirs publics devait s'avérer justifiée, quelles sont les mesures que les gouvernements pourraient et devraient prendre afin, par exemple, de contrôler et de promouvoir le processus d'adoption pour que les régions périphériques puissent, elles aussi, profiter de la nouvelle technologie?

* La centralisation décentralisée. Les communautés reliées à ces systèmes seront incontestablement mieux armées que les autres pour affronter la concurrence. Les éléments qui font que les communautés sont ou non capables de tirer parti de la nouvelle technologie et leurs besoins en ressources matérielles et humaines sont deux questions qui pourraient faire l'objet de recherches. En l'absence de contraintes technologiques graves, les centres de communication et d'information mondiaux peuvent être installés n'importe où, même dans les zones périphériques. Dans quelle mesure est-ce le cas dans la région et quelles sont les enseignements à tirer ici?


Les priorités en matière de recherche

Notre région connaît actuellement des bouleversements sociaux considérables : les communautés périphériques sont de plus en plus exposées à un monde de plus en plus vaste et colossal. Au cours des années à venir, les régions marginales vont devoir apprendre à intervenir plus énergiquement sur les marchés mondiaux, à s'adapter à de nouveaux régimes internationaux de libre-échange et à tirer parti des possibilités offertes par les technologies de l'information. Ce processus d'apprentissage constitue en soi un axe de recherche important.

Quelles que soient les conséquences de la mondialisation, une chose est presque certaine : elle va se traduire par l'émergence d'un système plus complexe de liens et de relations dans les régions et entre elles, et entre le niveau central et les échelons locaux 27. La mondialisation est, par essence, à la fois spatiale et synergique. En s'étendant géographiquement, les relations sociales se forment (à l'intérieur même des différents niveaux d'une organisation et entre eux), qui repoussent les frontières régionales et nationales 28.

Un éventuel programme de recherche du MOST sur les stratégies de survie devra être souple quant à l'échelon auquel l'analyse sera effectuée. En effet, des études devront être menées au niveau micro-économique sous forme d'études de cas, de préférence comparatives et internationales. Il faudra également mettre l'accent sur le niveau macro-économique, en ce qui concerne par exemple les politiques et les institutions nationales et s'intéresser tout particulièrement aux modes d'établissement, à l'évolution démographique, à l'organisation industrielle et aux systèmes de soutien mis en place pour contribuer à la survie économique et culturelle des régions périphériques. Lorsque des expériences et des initiatives novatrices de développement régional auront été entreprises, il conviendra d'en analyser les succès ou les échecs. On peut se poser la question de savoir si, dans la plupart des cas, ces expériences doivent s'inscrire dans un cadre culturel et institutionnel qui peut tout à fait avoir une influence déterminante sur le processus comme sur son issue (voir à cet égard l'exception intéressante décrite par Jørgen Amdam pour la Norvège 29).

Il conviendrait de s'attacher tout particulièrement aux industries fondées sur l'exploitation de ressources naturelles qui sont propriété commune. Compte tenu de son importance pour le développement régional dans des pays du pourtour de l'Atlantique-Nord, la pêche constitue à cet égard un exemple tout à fait pertinent 30. L'obligation dans laquelle se trouvent plusieurs pays du nord de partager un grand nombre de stocks de poissons fait de l'industrie de la pêche un sujet qui se prête particulièrement bien à une recherche comparative.

Åge Mariussen (op. cit.) nous rappelle que le ménage est une unité d'analyse importante, dont nous devons reconsidérer l'importance : "Le ménage se trouve au coeur de la transformation des structures institutionnelles", en ce qui a trait par exemple à la reproduction de la main-d'oeuvre, aux questions d'égalité des sexes et de succession des générations. Le ménage joue un rôle clé dans les stratégies de survie mises en oeuvre dans la vie quotidienne. En outre, "dans un processus de fragmentation et de déclin, le niveau du ménage est important", soutient-il.

Ce document résume une série de problèmes et de thèmes de recherche proposés et discutés à l'occasion de la réunion du MOST organisée par l'Université de Tromso en mars 1995. Toutefois, il reste à transformer ces idées en véritables projets de recherche, et nous suggérons qu'une ligne de crédit soit débloquée à cet effet.

Dans sa phase initiale, le programme de recherche du MOST pour la région nordique devrait, nous semble-t-il, se concentrer sur deux domaines, l'un relatif au développement industriel, l'autre à la société civile. Nous pensons qu'il devrait y avoir un projet séparé pour chacun de ces thèmes. D'un point de vue analytique, cependant, nous estimons qu'il devrait y avoir des recoupements considérables. Comme nous l'avons longuement évoqué ci-dessus, l'aspect général commun à ces deux domaines devrait être les répercussions spatiales et synergiques de la mondialisation.

Nous soutenons que les deux domaines devraient être étudiés suivant les mêmes axes. Les aspects particuliers de chaque problème devront être déterminés à l'occasion du processus de planification. Toutefois, nous proposons les pistes suivantes :

A) L'élaboration des politiques : comment les problèmes régionaux sont-ils définis et traités? Comment le processus régional de définition des politiques est-il organisé du point de vue, par exemple, de la participation démocratique?

B) Les institutions : Quelles sont les répercussions sur les régions périphériques des dispositifs réglementaires en ce qui concerne, par exemple, l'exploitation et le commerce des ressources? Quels sont les mécanismes de soutien mis en place et quels effets ont-ils sur le développement régional?

C) Les technologies de l'information : Quelle est l'incidence de la révolution actuelle dans le domaine des technologies de l'information sur les deux secteurs? Quels sont ses effets sur la communication dans l'espace et entre les cultures?

Nous sommes fermement convaincus qu'une recherche comparative serait particulièrement utile dans ce contexte. En tant que tel, le thème de la mondialisation justifie à lui seul une telle démarche. Nul doute que nous avons aussi beaucoup à apprendre d'une comparaison entre les systèmes de différents pays. Les équipes de recherche devraient être composées de personnes originaires de plusieurs pays et, de préférence, représentant différentes discipline. Le budget devrait permettre à chaque équipe de se réunir au moins deux fois pour préparer sa proposition et coordonner les deux projets.


Notes

1. Les autres thèmes sont 1) "Les sociétés multiculturelles et multi-ethniques"; et 2) "Les villes, lieux de transformation sociale accélérée".

2. Anthony Giddens (1994): The Consequences of Modernity. Polity Press, page 177.

3. S. Eikeland. (1995): Local crises and international transformations: a transformation process in Northern Norway elucidated by the impacts of seal invasions 1978-1988. Contribution présentée à la Réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

4. Pascal Byé : La gestion locale et régionale des transformations économiques, technologiques et environnementales: Différenciation des régimes de croissance et des gestions de la reproduction sociale. Institut national de la recherche agronomique (INRA), Département d'économie et de sociologie rurales, Montpellier. 1994.

5. Cf. P. Sinclair (1995) : Local perceptions of environmental and economic problems in rural Newfoundland: Preliminary results from the Eco-system sustainability project. Contribution présentée à la Réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

6. Cf. A. Cohen (1985) : The symbolic construction of community. Londres: Tavistock Publications.

7. J.O. Bærenholdt (1995) : Adaptability of the Murmansk Region fishery Kolkhozes within a globalizing fisheries economy. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

8. "Notre avenir à tous" : Commission mondiale sur l'environnement et le développement: Oxford University Press, 1987. Voir aussi l'Agenda 21 de la réunion de la CNUED à Rio de Janeiro.

9. O. Rasmussen, P. Friis et J.O. Bærenholdt (1995) : Conditions for sustainable development in the Artic. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

10. La région de Barents et l'effort de coopération régionale multinationale qu'elle représente ont été décrits par plusieurs participants à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø. Ainsi, par L. Granberg, dans sa contribution : Techno-economic change in the Barents region: Background characters for the dynamics of change, et par G.P. Luzin : Main trends of the state's policy in the Russian north.

11. Juha Tolonen (1995) : Regional Cooperation in the Baltic Sea Area: Principal Problems. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

12. B. Svensson (1995) : The Regional Dynamics of Structural Change - the case of the Barents Region. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

13. Cf. A. Mariussen (1995) : Householding as a local coping strategy. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

14. Cf. O. Brox (1984) : Nord-Norge fra allmenning til koloni. Oslo: Universitetsforlaget. C. Wadel (1969) : Marginal Adaptations and Modernization in Newfoundland: A Study of the Strategies and Implications of Resettlement and Redevelopment of Outport Fishing Communities. St. John's: ISER Press.

15. C.f. A. Mariussen (1995) : Householding as a Local Coping Strategy. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

16. Dans sa contribution à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø, Johun Nygaard a décrit la manière dont cette prise de conscience de leurs traditions culturelles chez les peuples indigènes du nord s'exprimait par le théâtre et le cinéma. Le titre de son exposé était le suivant : The image of economic, technological and environmental transformations in theatre and film of the indigenous peoples of the North.

17. La question de la privatisation a été discutée dans plusieurs contributions présentées à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø, par exemple, par Oleg Andreev dans le cas du nord de la Russie, dans un exposé intitulé : Public Authorities and Formation of an Environmental Policy of Russian North-West. La différenciation sociale et économique résultant de la privatisation des ressources de propriété commune a été abordée par Gislì Pàlsson dans le contexte de l'industrie islandaise de la pêche : Property rights and practical knowledge: The Icelandic case. Le traitement politique de cette même question en Norvège et au Canada a fait l'objet de la contribution intitulée : Privatization and Political Institutions: Some lessons from a comparative analysis of resource regions in Atlantic Canada et North Norway, présentée par Richard Apostle et Knut H. Mikalsen.

18. G. Sæther (1995) : The Russian Village (Mir): Is "Development" necessarily Development? Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

19. Cf. A. Etzioni (1993) : The Spirit of Community. New York: Simon & Schuster.

20. Siisiäinen, M. (1995): Citizen activity and the possibilities of local democracy. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

21. Cf. E. Pinkerton (1989) : Cooperative management of local fisheries: New directions for improved management & community development. Vancouver: University of Columbia University Press.

22. Friedmann, J. (1987) : Planning in the Public Domain. Princeton: Princeton University Press.

23. L. Suopajärvi (1995) : The Vuotos dispute: A case study of local protest against the building of a reservoir in Finnish Lapland. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

24. Cf. Michael Piore et Charles F. Sabel : The Second Industrial Divide. Basic Books, New York, 1984.

25. Cf. A.M. Støkken (1995) : Distance education: An open avenue for remote areas or reproduction of inequality? Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

26. Les possibilités dans ce domaine ont été décrites en détail par le professeur V.A. Putilov dans sa contribution à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø, intitulée : Information infrastructure in the Russian north: Problems and ways to solve.

27. Cf. U. Wiberg (1995) : Spatial structures under pressure of change. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

28. Remarque de Gislì Pàlsson au cours de la séance plénière de clôture de la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.

29. Cf. J. Amdam (1995) : Coordination of public support for regional development. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø. Dans ce document, Amdan décrit une expérience menée en matière d'administration publique, dite des pays libres, visant les districts régionaux de Norvège.

30. Cf. A.K. Ødegård (1995) : The role of fisheries in regional development, and the fisheries dépendeurs on public policy. Contribution présentée à la réunion sous-régionale du MOST, à Tromsø.


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