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Le développement humain - Discussion paper n° 20
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Gestion des Transformations Sociales - MOST

Documents de discussion - No. 20

Le développement humain :
problématiques et fondements d'une politique économique
(1)

Siméon Fongang

(IERS, UMR 6588-CNRS, Faculté de Sciences économiques, Université de Poitiers)
93, avenue du Recteur Pineau ; 86022 Poitiers Cedex (France).
Tél. : (33 5) 49 45 31 70 Fax : (33 5) 49 45 30 97 E-mail : iers@cri.univ-poitiers.fr

L'approche des problèmes économiques et sociaux en termes de "développement humain" fait l’objet d’une publication annuelle, par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), depuis 1990, d'un Rapport mondial sur le développement humain (2). Elle visait, selon son initiateur, à "poser les fondements d'une approche nouvelle", ouvrant ainsi le débat par une « contribution à la définition, à la mesure et à l'analyse politique du développement humain». Il importe de préciser cette démarche méthodologique, car cette triple dimension de l’approche du développement humain caractérise les systèmes d’économie politique, par le lien entre la problématique, l’analyse et la politique.

Le schéma ci-après montre l’articulation entre ces trois phases, en rapport avec le monde réel.

Un véritable Système d’économie politique se caractérise par l’agencement cohérent représenté par des flèches à traits continus sur le schéma ci-dessus. Les recommandations sont, ici, issues d’un cadre d’analyse scientifique, ayant une portée générale. En revanche, une approche ne revêtant pas un caractère de « Système » pourra se limiter à la formulation d’une problématique, soit à partir des préoccupations politiques du moment, soit à partir de la réalité socio-économique, et faire directement des recommandations de politique à mettre en oeuvre, sans les étayer par une analyse de portée scientifique. Une telle démarche est représentée par des flèches à traits discontinus entre les cadres de la problématique et de la politique, et correspond au triangle ‘Problématique - Politique - Processus’.

Le rôle assigné par le PNUD à la nouvelle approche apparaît, ainsi, comme relevant d’une démarche systématique. En l’occurrence, pour le développement humain, tout d’abord la définition viserait à préciser sa problématique, c’est-à-dire de quoi il est question (la finalité poursuivie), ensuite la mesure, à établir un outil d'information et un cadre d’analyse (mathématique) du questionnement précédent, et, enfin, l’analyse politique, à formuler des recommandations politiques cohérentes avec les deux étapes précédentes.

La mesure du développement humain s'est faite par l’établissement d’un indicateur de développement humain (IDH), retenant comme dimensions l'éducation, la santé et la capacité de disposer d'un revenu suffisant pour mener une vie décente.

Nous entendons soulever les questions suivantes : qu'est-ce qui fait la spécificité de cette démarche ? Y a-t-il quelque entrave conceptuelle à son développement ? quels sont les préalables et la démarche devant conduire à la mise en œuvre d'une véritable politique du développement humain ?

Dans une première partie nous tenterons de montrer en quoi cette problématique vise à mettre la science économique au service de l'être humain. Puis souligner, dans une seconde partie, les exigences de la rigueur scientifique dans l'analyse d'une problématique de nature épistémologique telle que celle du développement humain, quelque louable soit sa finalité.

En effet, le souci d’élaborer un système associant l’efficacité économique et la prospérité pour tout être humain dans la société est à la base de l’approche pnudienne du développement humain, même si une telle préoccupation n’est pas nouvelle (3).

Aussi, convient-il de voir les points d’ancrage de cette nouvelle approche dans l’évolution de la pensée économique ; ce qui nous permettra de dire en quoi l’approche du développement humain prolonge la science économique moderne, en quoi elle s’oppose à elle, et en quoi elle entend la dépasser.
 

I - La science économique au service de l'être humain

Pourquoi développer un concept de développement humain ? L’intérêt de la nouvelle approche pnudienne, et à la fois son mérite, tiennent à ce que l'accent y est mis sur le bien-être humain comme finalité de tout processus de développement économique et social. Pour ce faire, l’approche du développement humain renverse la perspective qui consiste à mettre l’accent sur le progrès matériel uniquement, et comme finalité. La nouvelle approche lui substitue le bien-être des individus comme fin ultime.

Ce faisant, elle exhorte à une nouvelle vision des problèmes, car, ainsi que l’écrit le PNUD : « Placer les populations au centre des changements économiques et politiques a des incidences profondes (...) Il ne s’agit rien de moins que de changer notre manière de penser » (4). Selon le Rapport : « le processus de développement devrait au moins créer un environnement favorable qui donne aux individus et aux collectivités une chance de réaliser leurs potentialités et de mener une vie créative, productive, conformément à leurs besoins et à leurs intérêts » (5) (italique et gras ajoutés).

Toutefois, la mise en exergue des fondements de cette démarche révèle que, du point de vue de la problématique, cette préoccupation n'est pas nouvelle du tout, mais qu'en revanche elle apparaît très novatrice une fois perçue sous l'angle de l'analyse. Dans un système complet d’économie politique, c’est de l’orientation donnée par la problématique que dépendent l’analyse scientifique et les recommandations de politique subséquentes.
 

    A - La pluralité des problématiques humaines
Un bref regard au-delà des frontières de la discipline, ou dans l'histoire de la pensée économique, révèle la richesse des opinions sur la meilleure façon de réaliser le bien-être de l'individu.

Nous distinguerons ainsi une problématique humaine, axée sur l'être humain, et une problématique de l’enrichissement, axée sur la visée d’un progrès matériel.

Les premières systématisations de réponses à une problématique seraient, selon le Professeur Alain Barrère, à mettre à l’actif des physiocrates. Mais, avant eux, une longue période de développement de la problématique s’était étendue depuis les auteurs grecs de l’antiquité jusqu’aux mercantilistes, en passant par les auteurs de la scolastique médiévale. Les travaux de l’antiquité et du moyen âge étaient orientés vers une problématique humaine, tandis que ceux des mercantilistes visaient plutôt une problématique de l’enrichissement.

Dans les doctrines de l’antiquité, la philosophie morale occupait une place importante. Ainsi que l’écrit Adam Smith (6) : « L’objet, que se proposait dans ses recherches l’ancienne philosophie morale, était de connaître ce qui constitue la perfection et le bonheur de l’homme, considéré non seulement comme individu, mais, comme membre d’une famille, d’un État et de la grande société du genre humain. Cette philosophie traitait des devoirs comme de moyens pour arriver à la perfection et au bonheur de la vie humaine. » (7)

Quels étaient les réponses des anciens à la problématique humaine ?

  • la cité pour les philosophes grecs (Xénophon, Platon, Aristote) (8),
  • l’individu pour les moralistes grecs (Epicure, Epictète) (9) et les juristes romains (Sénèque, Marc Aurèle),
  • le bien commun pour la scolastique médiévale (Saint Thomas d’Aquin notamment).
Les travaux de ces auteurs ont pour autres traits communs de :

(a) relever d’une conception d’ensemble relative à l'être humain ou à la société, telle que cette conception en constitue l’unique justification ;

(b) mettre en exergue des éléments normatifs, prenant position sur ce qui est bien et mal, bon et mauvais, établissant des échelles de valeur et exprimant des préférences.

Le problème posé sur lequel porte leurs réflexions consiste à se demander « Comment réaliser le bien-être parfait de l’être humain ? » (l’expression ‘bien-être parfait’ traduisant les termes ‘bonheur’, ‘vie heureuse’, ‘vivre bien’ des auteurs grecs et romains, ou ‘béatitude’ de la scolastique).

De ce problème fondamental découlaient d’autres questions censées guider la réflexion : quels sont les déterminants du bien-être humain ? Lesquels de ces déterminants doit-on privilégier ? Quelle hiérarchie des niveaux de bien-être humain établir ?

Les réponses au problème posé seront nombreuses :

Selon les auteurs grecs de la période attique, la condition de réalisation du bonheur pour tous tient à une meilleure organisation de la cité. Car la cité est le lieu par excellence où la division des tâches, à la fois, affranchit le plus rapidement l'être humain des contraintes matérielles et lui facilite l’accès à une vie où prédominent l’activité contemplative, et le développement de l’intellect (au sens de la maïeutique).

Les auteurs grecs et romains ci-après mentionnés mettront l’accent sur l’individu plutôt que sur la cité, et sur la satisfaction des besoins.

Epicure (341-270 av. J.-C.) pour sa part estimait que l’idéal, dans la recherche du bonheur, consistait à éliminer toute douleur du corps et tout trouble de l’âme (ou toute tension psychologique). Pour ce faire il proposait de limiter la dépendance vis-à-vis des biens extérieurs, et d’accorder la priorité à ceux qui, en nous, sont à tout moment disponibles de façon illimitée. Pour Epicure, le moyen d’atteindre cette vie heureuse réside dans le « raisonnement vigilant, capable de trouver en toute circonstance les motifs de ce qu’il faut choisir et de ce qu’il faut éviter, et de rejeter les vaines opinions d’où provient le plus grand trouble des âmes » (10).

Quant à Epictète (50-130 apr. J.-C.), représentant du stoïcisme, il mettra la satisfaction des besoins sur le plan d'une morale du destin. Il estime que le bien-être parfait tient à la conformité de l’individu à la nature. Ainsi, l'être humain réalise son bonheur quand il juge comme étant nécessairement bon tout ce qui lui arrive ; car selon Epictète, le malheur provient de (ou se mesure par) l’écart qui existe entre la situation réellement vécue par l’individu et la représentation qu’il se fait d’un ordre qui aurait dû être. Minimiser cet écart est la condition du bonheur. Pour y parvenir il suffira à l’individu de se conformer à ce qui est, qui arrive naturellement. L’intervention de la volonté doit permettre à l’individu de limiter l’ampleur de ses besoins, par un ajustement de ses représentations et de ses désirs aux données du monde réel (11).

Sénèque (2 av. J.-C.-65 apr. J.-C.), stoïcien, ira jusqu'à conseiller à un riche disciple de s'entraîner à vivre modestement pendant certaines périodes de façon à ne pas avoir à souffrir un jour s'il venait à manquer de toutes les commodités qu'il tire de la richesse.

La réponse des auteurs de la scolastique (12) (Thomas d’Aquin pour nos références), au problème de la réalisation de bien-être humain sera axée sur la recherche du bien commun. L’approche holistique retenue par ces auteurs leur permet d’accorder la primauté du ‘tout’ social sur la ‘partie’ ; la société prime sur l’individu. L'être humain, dans ses conditions de vie, n'est appréhendé que sous un angle idéaliste ; on s'occupe plus de ce qu'il devrait être que de ce qu'il est effectivement, hic & nunc.

Selon Thomas d’Aquin, l'accumulation ne doit pas être la finalité de l'existence humaine (13), et ceci d'autant que seule la nécessité de satisfaire les besoins mutuels des parties semble avoir présidé à la naissance de l'échange. La hiérarchie qu’il établit entre les biens aptes à favoriser l’accès à la 'béatitude' place les biens matériels au bas de l’échelle, car ils ne sont qu’un moyen de magnifier des biens plus élevés que sont pour lui les habitus (qu’Aristote définit comme étant des capacités et dispositions naturelles) (14) et l’âme. Ce faisant, il prône le développement préalable des habitus (des biens du corps tels que la santé, l’éducation) (15), en vue du développement du bien de l’âme, ultime condition d’accès à la béatitude. « Il est raisonnable, écrit-il, que le bien du corps soit préféré aux biens extérieurs, symbolisés par l'argent, de même que le bien de l'âme est préféré à tous les biens du corps" (16). (italique et gras ajoutés)

Avec les mercantilistes les caractères principaux d’une problématique de l’enrichissement que sont l’acquisivité, l’accumulation et la compétition reprennent le dessus. L’acquisition de biens extérieurs devient une fin en soi. Renversant la hiérarchie des scolastiques, les biens matériels sont désormais au sommet de l’échelle, et même les biens du corps leur sont assujettis, et ne servent que comme moyens en vue de l’acquisition de biens matériels (bonne santé et haute qualification constituant le capital humain le plus productif). De ce fait, l'économie politique naîtra sous la houlette d'une problématique de l'enrichissement.

Les systèmes se développeront depuis Pierre Le Pesant de Boisguilbert, les physiocrates et les auteurs ultérieurs s'inscrivant dans la logique de la loi naturelle.

Parallèlement à celui d’Adam Smith, un système complet d’économie politique ayant une problématique humaine était développé par Étienne Bonnot de Condillac (17). Cependant, son travail ne connut pas le même rayonnement que celui d’Adam Smith.

Après Adam Smith, tout en maintenant la conception et la démarche d’un Système d'Économie Politique, les travaux conféreront au contenu du système deux orientations divergentes. L’une portera sur une problématique du libéralisme individualiste, poursuivant l’héritage d’Adam Smith. L’autre s’appuiera sur une problématique de la collectivité, qui accorde une importance au rôle de la société, de l’histoire, des groupes sociologiques et des conflits d’intérêt dans l’interprétation de la vie économique. Ainsi, seront développés les autres systèmes d’économie politique : le système classique, libéral et individualiste, et les systèmes socialistes.

Toutefois, le développement des systèmes prendra fin avec les théoriciens de l’utilité, qui, en rejetant les finalités du système libéral et du système socialiste, chercheront à construire une science sans finalité, sans problématique doctrinale. D’où la phase de l’essor des analyses sans problématique avouée. Cette position, qui privilégie l’analyse en rejetant toute problématique doctrinale ou finaliste, s’est développée entre 1870 et la première moitié du 20è siècle (18). Tout en poursuivant une tradition instaurée par les physiocrates, consistant à faire de la formalisation mathématique le trait caractéristique de la discipline économique (19), les adeptes de l’analyse sans problématique ou finalité ont permis une meilleure assise de la phase d’analyse, mais, le rôle directeur attendu de la doctrine leur faisait défaut.

Ainsi, la possibilité d’analyser, de formaliser et de quantifier les déterminants d’une problématique constitue la caractéristique majeure de la démarche (problématique - analyse - politique) en science économique. C’est, aussi, le critère de crédibilité de toute approche économique établissant une relation cohérente entre la problématique, l’analyse scientifique et les orientations politiques qui doivent en découler. Il convient toutefois d’insister sur le rôle directeur de la problématique (la finalité doctrinale de départ) dans cette démarche : la problématique étant énoncée, la suite en dépend. Il en est ainsi de toute analyse relevant d'une problématique humaine.

L'analyse économique (formalisation et développement mathématique de la science économique) progressera dans cette perspective. C'est sans doute pour cela que toute problématique humaine peut apparaître comme "une (opinion) parmi d'autres", mais devient subitement plus pertinente lorsque l'on entreprend de passer à la phase de mesure et d'analyse (au sens susévoqué), fondant son caractère scientifique. Mais force est de constater que la dimension humaine n'a pas été retenue dans les formalisations en science économique à partir de sa problématique. Ce faisant, les propositions qui sont faites dans ce domaine sont jugées ad hoc, intuitives et non convaincantes. Dans cette optique, comme l’écrit le Professeur Dasgupta (20) : « les propositions sont surtout axées sur les politiques à mener, sans être étayées par un soubassement théorique » (21), ce qui, d’après l’auteur, peut informer, mais sans nécessairement éclairer.

    B - L'absence de la dimension humaine dans l'analyse économique

Précisons à nouveau que cette démarche (et l'intention qui l'anime) qui consiste à construire un système complet d'économie politique axé sur l'humain est originale au regard de la réalité contemporaine, certes, mais pas nouvelle.

En effet, le souci de former, de mesurer et de prendre le développement de la personne humaine comme élément d’appréciation du progrès est présent chez plusieurs auteurs (dont certains ont été déjà cités).

Au début du 19ème siècle, Henri Storch (22) consacre une partie entière de son oeuvre à sa « Théorie de la civilisation » dans son ouvrage Cours d’économie politique (23).

Cet auteur relevait déjà à la fois (nous l'avons vu) que les problématiques antérieures à la naissance de l’économie politique ne dégageaient pas de principes d’analyses, et que la problématique humaine a été jusque-là négligée dans l'analyse économique. Or, selon lui, l’économie politique est (ou doit être) constituée de la combinaison des analyses des deux problématiques. Pour Storch, en effet :

    « Les Anciens paraissent n’avoir pas même soupçonné l’existence des principes dont la réunion forme ce que nous appelons l’économie politique ; et quand les modernes ont commencé à s’en occuper, leurs observations se sont dirigées exclusivement sur les causes de la richesse nationale, et ils ont entièrement négligé celles de la civilisation. » (24)
Le but qu’il assigne à sa démarche est ainsi précisé :

« La Théorie de la civilisation a pour objet de faire connaître les lois suivant lesquelles les biens internes ou les éléments de la civilisation se produisent, s’accumulent et se consomment dans le sein d’une nation... Cette partie de l’économie politique n’est point encore réduite en système. C’est une doctrine nouvelle, pour laquelle les anciens et modernes ont rassemblé d’excellents matériaux (25), mais qu’il importe d’ordonner, de compléter et de réunir pour en former un ensemble » (26).

L’auteur, tout en reconnaissant que son oeuvre doit beaucoup aux travaux d’Adam Smith, de Garnier, de Say, de Sismondi, de Turgot, de Bentham-Dumont, de d’Ivernois, de Steuart et de Hume, affirme sa neutralité vis-à-vis des doctrines établies.

Storch distingue entre les richesses matérielles et les biens internes, les premières se réfèrent à tous les biens qui sont extérieurs à l’entité humaine, et les seconds des biens qui servent à développer ou à perfectionner les facultés humaines. L'auteur y range : la santé, la dextérité, les lumières (intelligence, éducation), le goût, les moeurs, le culte, la sûreté et les loisirs, autant de "facultés" que l'on retrouve comme des "capabilités" ou "capacités" dans l'approche du développement humain.

Outre ceux d’auteurs mentionnés plus hauts, d’autres travaux du 20ème siècle rejoignent la problématique du développement humain (citons les travaux de René Gendarme, Novac, André Piettre, Daniel Villey). Ainsi, selon le Professeur Antonelli (27), toute approche de l’économie qui se veut humaniste doit se baser sur la considération, d’un point de vue physico-anthropologique, de la primauté des êtres humains en tant que fin ultime et acteurs de l’activité économique (28).

Dans cette optique, il rejette les approches abstraites de l'être humain, qu’il s’agisse du zoon politikon (animal politique) d’Aristote, de l’homme du contrat social de Jean-Jacques Rousseau, de l’Homo sapiens de Linné, de l’être moyen, représentatif, ou de l’homo œconomicus des économistes. De telles représentations abstraites de l'être humain ne sont, pour le Professeur Antonelli : « qu’une pure idée, c'est-à-dire tout autre chose qu’un homme ». « J’appelle économie humaniste, écrit-il, celle de l’homme réel, vivant avec ses joies et ses peines, son bonheur et ses misères, avec toute sa vie matérielle et spirituelle, (...) c’est l’économie des services et des liens humains » (29).

Ainsi que l'écrivent aussi bien le PNUD (30) que Sudhir Anand (31) et Amartya Sen, loin d'être une nouvelle et simple diversion : « l’approche (du développement humain) se fonde sur un héritage ancien et bien établi... Cette préoccupation se retrouve de manière explicite dans les travaux des fondateurs de l’économie quantitative (tels que William Petty, Gregory King, François Quesnay, Antoine Lavoisier et Joseph Lagrange) * aussi bien que chez les précurseurs de l’économie politique (tels qu’Adam Smith, David Ricardo, Robert Malthus, Karl Marx, et John Stuart Mill)* » (32).
 

II - La Portée Scientifique et politique de l'approche

Après avoir défini la portée et la finalité humaine du développement humain, il s’est avéré indispensable, pour le PNUD, de passer à l’élaboration d’un indicateur comme instrument d’analyse, et comme aide à la décision politique. Il s’agit de la dimension scientifique (formalisation et développements mathématiques) de l’approche. Mais, les implications méthodologiques de la démarche retenue sont importantes, comme on le verra ci-après.

Dans cette optique, le PNUD a précisé un certain nombre d’exigences ou de performances attendues de bonnes mesure et analyse du développement humain, notamment la prise en compte des besoins des individus et de leur potentiel.

S’agissant du potentiel, il peut être compris, dans ce contexte, comme l’ensemble des moyens humains et matériels (l’artificiel et le naturel) disponibles et pouvant faire l’objet d’une utilisation.

Cette acception rejoint celle du Professeur Desai (33) pour qui : « L’idéal serait que l’on puisse appréhender (toutes) les ressources dont dispose un individu, y compris les revenus privés aussi bien que l’accès au crédit, l’accès aux biens publics, l’aide des amis et relations etc. La disposition de capitaux productifs est un autre aspect important à cet égard. » (34) (italique et gras ajoutés)

Toutefois si l’on fait une distinction entre les ressources effectivement utilisées et celles qui sont mises en réserves, cet excédent est aussi considéré comme un potentiel, en raison de son existence passive, de son pouvoir uniquement latent. Afin de contourner un tel risque de confusion, nous adopterons le substantif avoir, de plus en plus usité dans la littérature économique pour traduire les biens (35).
 

    A - Les implications méthodologiques
Nous présenterons les différences d’implication méthodologique entre une démarche prenant comme point de départ le marché et une autre partant de l'être humain.

1) Partir du marché

Cette démarche, où une « main invisible » règle l’échange, implique deux conséquences :

(a) on considère tout d’abord ce que l’individu a (c'est-à-dire le bien de consommation ou de production qu’il possède et offre à l’échange) ;

(b) on n’arrive à l'être humain que par le biais de ce qu’il a (et, en thèse, quiconque n’a rien n’est rien, dans l’optique du marché).

L’inconvénient dans cette démarche, relativement à la problématique humaine, c’est d’exclure de l’analyse (surtout de la répartition) tous ceux qui, soit n’ont rien à offrir sur un marché, soit dont le bien qu’ils offrent ne trouve pas de demandeur. Ceci renvoie aux problèmes actuels de l’exclusion et du chômage. Ces problèmes, qui correspondent en fait à des situations qui n’avaient pas été envisagées par Adam Smith et ceux qui ont suivi ce courant de pensée, sont actuellement les principaux défis aux économistes, et demeurent sans solution lorsqu’on suit la démarche méthodologique qui conduit à une telle analyse, en partant du marché ou de l’échange.

En outre, dans le critère de répartition issu de ce raisonnement, on fait apparaître essentiellement trois classes (entrepreneurs, rentiers et salariés). A chaque classe est affectée une part du produit global, donc un revenu, qui peut prendre la forme de profit, de rente ou de salaire, respectivement pour les trois classes. La part de revenu attribuée à chaque classe est déterminée par les conditions de la concurrence sur les divers marchés. Elle est aussi supposée satisfaire les besoins de chacune des classes, proportionnellement à sa contribution au produit global, et compte tenu des conditions d’offre et de demande sur les divers marchés (de biens et des facteurs de production). Seule la participation (sous quelque forme que ce soit) à la formation du revenu global ouvre un droit proportionnel de participer à son partage. Ce faisant, les êtres humains (et leurs besoins) s’effacent derrière la quête du revenu le plus élevé possible, attendu qu’il se répartira entre les diverses catégories sociales et bénéficiera à chaque personne prise individuellement. La satisfaction des besoins est censée découler, logiquement et naturellement, de la participation à l’échange. Toutefois, le problème actuel que se doit de résoudre l’économiste tient à ce que, dans ce raisonnement, on fait abstraction de la place (ou du traitement) qui pourrait être réservée à une quatrième classe : celle des exclus.

L’existence dans les sociétés modernes d’une classe des exclus est un fait bien établi et reconnu, qu’illustrent bien les préoccupations de « lutte contre l’exclusion » dans les politiques des États. Quoique faisant partie intégrante de la vie sociale, cette classe des exclus mérite son nom à plus d’un titre, car elle est :

- exclue de l’analyse du marché : le marché étant un lieu d’échange, est logiquement exclu de son analyse quiconque n’a rien à offrir ; cette classe n’a que des besoins, pour lesquels il n’existe évidemment pas de marché ; ceux de ses membres qui trouvent preneur pour leur offre de service-travail sont (ré)insérés dans la classe des travailleurs, ce qui renvoie à l’analyse du marché du travail ;

- exclue de la répartition et de son analyse : aucun critère de justice (au sens de celle recherchée à l’origine par Adam Smith) n’autorise sa participation au partage du produit global, puisqu’il n’y a aucune contrepartie ; ainsi le revenu censé permettre la satisfaction des besoins de cette classe est inexistant ; seules des considérations éthiques, morales et sentimentales sont mises en avant pour encourager et/ou justifier les transferts et les dépenses publiques dites « sociales » (en raison de l’absence de contrepartie) ; il convient d’y ajouter l’entretien de la psychose du danger que représentent les exclus pour la sécurité des autres membres de la société. Les problèmes des exclus se ramènent alors à leur insolvabilité, c'est-à-dire un manque de revenu. Or il s’agit là, dans l’optique du développement humain, d’un problème préoccupant, dans la mesure où, comme le relève le PNUD : « Ce qui entrave le plus le développement humain, c’est le manque de revenus : les pauvres n’ont tout simplement pas les moyens d’acquérir les choses élémentaires dont ils ont besoin. » (36)

Les solutions envisagées pour résoudre les problèmes d’insolvabilité des individus peuvent prendre deux directions :

- la première vise à insérer ou à réinsérer ses membres dans l’une des classes ayant droit au partage du produit : les moyens les plus envisagés consistent en leur insertion dans la classe des salariés ou celle des entrepreneurs. Ici réside la problématique de la lutte contre le chômage et l’exclusion : d’une part, l’amélioration du capital humain (meilleures formation et qualification des exclus effectifs ou potentiels) et, d’autre part, l’aménagement du marché du travail par des incitations à l’embauche (allégement des charges, octroi de primes, etc.) ;

- la seconde consiste à laisser cette classe en l’état, mais en lui fournissant des ressources (directes et indirectes) lui permettant de satisfaire ses besoins, ne fussent que les plus fondamentaux ; comme moyens usuels citons l’octroi direct de revenu par les « transferts sociaux » (dont les prestations sociales au bénéfice des démunis), et indirect via les « dépenses sociales » et les subventions.

Cependant, ces deux types de solutions présentent des limites.

S’agissant du chômage, la conjoncture du dernier quart de ce siècle n’autorise généralement pas l’optimisme quant à l’élimination de l’exclusion par le biais de l’emploi salarié. De ce fait, le problème demeure, et est jugé de plus en plus urgent par les économistes et les décideurs politiques (37).

Quant aux transferts et aux dépenses sociales, dont les chiffres s’accroissent avec l’augmentation du nombre des exclus (et en liaison avec la montée du chômage), ils sont issus de prélèvements effectués de force par l'État sur les revenus des autres membres de la société. Pour cela le principal motif invoqué est celui de la solidarité nationale (ou internationale dans le cas de l’aide publique au développement). Le souci de justice, qui exclut la force ou toute contrainte partisane, fut-elle publique, se trouve ainsi rompu, et des voix s’élèvent, au nom de la justice et de l’efficacité, pour réclamer sinon la suppression, du moins la restriction de ces pratiques (38). Il est, en effet, estimé que le fait de prélever de force des ressources d’une personne (ou d’une catégorie sociale) relativement plus riche pour l’accorder à une autre relativement plus pauvre est, de soi, injuste. En outre, les déficits publics occasionnés par de telles dépenses représentent un danger pour l’équilibre financier des États (39).

Il apparaît ainsi que les problèmes de revenu - en vue de garantir la solvabilité - et de justice dans le partage du revenu global entre les différentes composantes de la société, pourraient se ramener à la question fondamentale suivante : « Comment assurer le bien-être de tout être humain du groupe dans le respect de la justice ? »

Cette question correspond au premier questionnement de la problématique du développement humain, mais, aussi, celle de départ d’Adam Smith. Toutefois, la différence (mais, aussi, la difficulté) dans l’analyse subséquente tient à ce que le critère de justice n’est respecté que si la répartition des fruits de la croissance permettant ce bien-être ne se fait qu’entre les agents ayant contribué à sa formation.

Cette justice se réalise automatiquement selon les lois du marché, pour peu que ce dernier soit libre. Or, la prise en compte dans l’analyse d’individus ne pouvant intervenir sur le marché conduit la double exigence susmentionnée dans une impasse. D’où la nécessité d’une nouvelle analyse de ce questionnement. En effet, étant donné que c’est le bien-être humain qui est recherché comme finalité, ne serait-il pas judicieux de conduire l’analyse en partant de l'être humain lui-même ?

2) Partir de l'être humain

Cette démarche analytique correspond, sauf chez A. Smith, à celle qu’avaient retenue ceux qui, depuis Aristote, les scolastiques, Adam Smith lui-même et Condillac, avaient opté pour la problématique humaine.

Dans leur démarche, une différence nette est faite entre l'être humain et les biens matériels - donc des biens qui lui sont ‘extérieurs’ - et, ils montrent tous qu’en partant de l'être humain, le besoin est le lien fondamental qui relie les deux pôles. Dans cette optique, avant même d’en arriver à l’échange, c’est la nécessité de satisfaire le besoin qui est à la base de tout processus d’appropriation, de production ou d’échange. Or même s’il est admis que certaines personnes peuvent n’avoir rien à offrir ou ne pas trouver preneur à leur offre, il est en revanche indéniable que tout être humain a des besoins. La notion de besoin apparaît alors dans cette approche comme le dénominateur commun à tous les êtres humains, et c’est donc de là qu’il faut conduire l’analyse si l’on s’intéresse au bien-être de l’individu, sous le critère principal qu’il est avant tout un être humain. D’où la préséance chronologique (d’identification et de hiérarchisation) des besoins sur les moyens requis pour les satisfaire.

Toutefois, pour aussi logique qu’une telle démarche puisse paraître, le fait de prendre les besoins humains comme point de départ d’une analyse économique ne manque pas de susciter des polémiques et parfois de vives désapprobations au sein de la discipline. Mais, comme le suggèrent les Professeurs Braybrooke (40) et Dasgupta, sans tomber dans l’erreur scientifiquement incorrecte qui consisterait à adopter, a priori, une position rigide, pour ou contre la prise en compte du concept de besoin dans l’analyse économique, il vaut mieux se prononcer plutôt en fonction de la place que peut occuper cette notion dans le raisonnement.

3) De l’utilisation du concept de besoin dans l’analyse économique

Aussi, convient-il de bien préciser, d’une part, les deux raisons fondamentales (technique et idéologique) des controverses sur l’utilisation ou non de la notion de besoin en sciences économiques, et, d’autre part, leurs implications sur la démarche générale systématique du développement humain (problématique - analyse - politique).

a) La raison technique

Elle est liée au type d’analyse menée à partir d’une problématique donnée.

Ainsi qu’on l’a déjà dit, la démarche d’Adam Smith consiste à prendre le marché comme point de départ du raisonnement, et à étudier les motivations et les modalités de l’échange qui s’y déroule. On n’arrive à l’individu qu’en étudiant sa capacité à « commander le travail d’autrui », c'est-à-dire à intervenir sur le marché pour offrir son surplus, sous la forme d’un bien ou d’un service, de consommation ou de production. Une équivalence directe étant établie entre l'être humain et ce qu’il possède (capacité ou pouvoir d’achat), il vient logiquement et naturellement que la notion de « besoin » ne trouve pas de place dans un tel raisonnement ; il est par conséquent normal de ne pas s’attacher, dans cette optique, à son analyse. Le besoin se situe en amont de l’analyse de l’échange.

Frédéric Bastiat (1801-1850) (41) dans ses Harmonies économiques (1850) estimait que l’économie politique avait pour domaine tout effort visant à satisfaire, à charge de retour, les besoins d’une personne autre que celle qui l’a accompli. En mettant ainsi l’accent sur la réciprocité, il devient plus aisé de faire l’inventaire et d’évaluer les biens et services proposés à l’échange par chacune des parties. Ce faisant, cette démarche permet de renoncer à l’évaluation de leurs besoins respectifs, sans préjudice à l’analyse. Dans cette optique seule la partie solvable des besoins, c'est-à-dire celle qui offre une contrepartie, présente un intérêt pour l’analyse économique : c’est la demande, qui se substitue à la notion de besoin. De ce point de vue, sur la base d’un argument technique, la notion de demande apparaît plus pertinente que celle de besoin : d’où le développement des théories de la demande au détriment de celle des besoins.

Plusieurs économistes éminents ont axé leurs travaux dans cette tradition. Telles sont, par exemple, les orientations données à leurs travaux par les Professeurs Debreu (42), Malinvaud (43), Ferguson et Gould (44), ou encore Varian (45).

C’est ce qui semble justifier le fait que, comme l’écrit le Professeur Dasgupta : « la théorie moderne de l’allocation des ressources ne fait aucun usage essentiel de la notion de besoins de biens fondamentaux, et ne propose rien pour l’analyse de l’indigence (ou de l’exclusion) » (46).

En outre, toujours d’un point de vue technique, comme le relève le Professeur Braybrooke, le concept de besoin apparaît superflu lorsque l’économiste considère que son contenu peut bien être, d’un point de vue analytique, appréhendé par celui des préférences (47).

Aussi, faut-il, dans l’optique de tels travaux, être téméraire pour vouloir insérer la notion de besoin dans de telles analyses, car la logique du raisonnement ne s’y prête pas. Ces analyses ne portent pas sur une problématique humaine, mais relèvent plutôt d’une problématique de l’enrichissement.

En sens contraire, dans une analyse poursuivant une problématique humaine, le concept de besoin sera un locus classicus, que l’on prendra pour passage obligé comme le recommande le PNUD. Car selon la logique d’un tel raisonnement, il ne saurait en être autrement. Et ce serait également une tâche difficile (et sans doute futile) que de vouloir placer l'être humain au centre des préoccupations et de l’analyse tout en cherchant à éluder ses besoins. D’où l’exigence pnudienne de mettre l’accent sur les besoins des populations et sur leur potentiel.

Cependant, au-delà de ces évidences méthodologiques, certains auteurs considèrent comme une lacune la non-prise en compte du concept de besoin dans l’analyse économique, tandis que de la même manière d’autres s’y opposent sans avancer l’argument technique ci-dessus évoqué. De telles positions sont surtout ‘idéologiques’. Lorsqu’ils sont attachés à l’orthodoxie libérale et qu’on leur fait état d’une utilisation professionnelle du concept de besoin, les économistes, écrit le Professeur Braybrooke : « réagissent avec la même sorte de réflexe panique que celui dont font preuve les agents d’entretien, tapettes à mouches en main, lorsqu’un essaim de mouches envahit leurs cuisines » (48).

b) La raison idéologique

Selon David Braybrooke (1987 : 9) les tenants de l’orthodoxie libérale ont délibérément condamné et même répudié le concept de besoin de façon gratuite, fortuite, sans fondement ni arguments, mais simplement en refusant de tolérer toute idée de privilège de classes. De la même manière, estime l’auteur, la théorie marxiste a choisi de s’appuyer essentiellement sur le concept de besoins, refusant celui de préférences, ainsi que l’idée de laisser celles-ci varier librement d’une personne à l’autre, et d’être canalisées par une politique fondée sur cette liberté de choix.

Le rejet idéologique du concept de besoin, loin de viser ce dernier en tant que tel, s’apparente surtout au rejet des conclusions auxquelles ont jusqu’à présent abouti les thèses qui mettent l’accent sur les besoins. Ces conclusions tendent à exiger une redistribution, et sont issues essentiellement d’analyses de la répartition.

Les travaux portant sur les besoins, faits par les socialistes et les néo-marxistes, ont surtout mis l’accent sur les problèmes de répartition. Comme l'écrivait au siècle dernier le Professeur Roscher (49) : « La plupart des socialistes se préoccupent presque exclusivement des besoins de l'homme, et pensent que les moyens de les satisfaire méritent à peine de fixer l'attention ; en effet, cela ne va-t-il tout seul ? Pourquoi dès lors s'en inquiéter ? » (50).

Depuis lors la reconnaissance par ce courant de l’importance des moyens n’est faite qu’en référence aux besoins. D’où la mise en relief des besoins humains non satisfaits pour justifier l’exigence de la redistribution des fruits de la croissance au profit des plus démunis. C’est ainsi que, dans une telle approche, si le progrès économique ne profite pas à tous, ne permet pas la satisfaction des besoins de tous les individus, il n’y aurait pas lieu de parler de progrès (51). C’est le niveau de satisfaction des besoins humains qui rend compte du niveau de prospérité atteint. (52) Et pour peu qu’une croissance soit observable, le raisonnement bascule à nouveau vers des préoccupations de répartition, car des besoins non satisfaits ne sauraient coexister avec des excédents inutilisés. Seulement, la justification formelle d’une telle exigence est souvent difficile à établir. Son manque de crédibilité est dû à l’absence d’analyses théoriques ayant une portée générale.

L’invalidation de travaux par l’analyse économique formelle pour défaut de cadre théorique formel ne concerne d’ailleurs pas que les travaux des socialistes, mais plus généralement tous les travaux dont les recommandations ne s’appuient pas sur des modèles mathématiques.

Le Professeur Dasgupta relève que les orientations faites (par Amiya Dasgputa, Adelman, Streeten, Sen, le PNUD...) n’étaient pas fondées sur des modèles permettant une analyse quantitative. De ce fait, leurs arguments ne se sont pas avérés vraiment convaincants. Il ne s’est toujours agi, écrit-il, que « d’un acte de foi, étayé simplement par une intuition non quantifiée » (53).

Le Professeur Sen (54) reconnaît cet état de fait (55), même s’il ne manque pas de dire qu’il convient de relever, de manière générale, qu’une action efficace de l'État n’est pas qu’une question d’analyse, mais aussi : « une question de détermination et de volonté (politique) » (56).

Sans doute est-ce un tel souci qui aurait animé l’initiative de l’approche des besoins fondamentaux (Basic Needs)? Il importe, sur cet exemple, de rappeler l’importance du rôle de l’analyse dans l’assise d’une approche nouvelle, car l’invalidation de l’approche des besoins fondamentaux par une partie de la discipline économique était liée à la fois à l’absence de l’étape de formalisation et à ses conclusions, qui recommandaient la fourniture (sans contrepartie) de biens et services aux populations démunies.

Cette approche est venue directement au niveau de la politique, sans analyses basées sur un modèle, ni précision sur la problématique dont elle était issue, d’où quelques problèmes :

- la justification théorique, a eu pour réponse le retour à la problématique de l’enrichissement. L’approche a, en effet, été présentée comme la promotion d’un investissement sur les êtres humains devant générer, plus tard, une meilleure productivité du facteur travail, permettre son emploi et favoriser la croissance économique. Le coût de la couverture des besoins fondamentaux apparaît alors comme une simple « avance de fonds ». Un tel argument a été dénoncé par des auteurs (57) qui y ont vu, non pas une bonne intention, mais un moyen subtil et paternaliste (en raison d’une énumération des besoins fondamentaux par Monsieur McNamara de la Banque Mondiale) de domination et d’aliénation des populations des pays en développement en particulier.

La justification théorique a consisté à dire, comme l’écrit Joël Jalladeau (58) à la suite de Paul Streeten (59), que : « le niveau de consommation, pour un temps, peut être inférieur au niveau qui serait obtenu par une stratégie davantage orientée vers la croissance. Mais, lorsque la génération actuelle d’enfants arrive à l’âge productif et que l’investissement en capital humain commence à produire des effets » (60), alors dans ce cas, la croissance due à la stratégie des besoins fondamentaux devient plus rapide que celle issue d’une stratégie axée sur la croissance.

- le financement des coûts des besoins fondamentaux, exige des dépenses dites sociales, terme qui désigne en fait le transfert de ressources des riches, via l'État (prélèvements divers), au bénéfice des plus démunis. D’où la réaction critique d’auteurs qui, par respect de la liberté individuelle ou de la justice, marquent leur opposition à l’accroissement des prélèvements par l'État en vue de l’augmentation des dépenses sociales, tout en dénonçant les effets pervers de telles pratiques (cf. Rawls (61), Nozick (62), Hayek). Ce qui révèle encore mieux l’intérêt de la justification théorique précédente, qui vise à montrer le caractère provisoire des prélèvements et des transferts en vue de l’« avance de fonds », même si rien ne garantit l’utilisation des capacités une fois qu’elles seront acquises ;

- l’utilisation des capacités acquises ne fait pas l’objet d’une préoccupation particulière de l’approche des besoins fondamentaux. Elle semble donc supposer un ordre naturel dans ce domaine, consistant à considérer qu’il va de soi que si des capacités sont acquises, c’est en vue d’être utilisées : donc elles le seront, spontanément, naturellement. D’où la réaction d’auteurs (tels le Professeur Sen et d’autres dans la même perspective), qui mettent l’accent sur la nécessité de vérifier l’utilisation effective des capacités acquises. En somme, selon Amartya Sen, le tout n’est pas d’acquérir des capacités, encore faut-il pouvoir les mettre en oeuvre de façon productive (63).

Toutes ces controverses montrent que, de part et d’autre, l’objection ne portait pas sur l’utilisation du concept de besoin en tant que tel, mais plutôt sur des problèmes annexes y afférents.

Au demeurant, le rejet idéologique du concept de besoin en science économique semble se justifier par le fait qu’à la question de savoir qui va payer en dernier ressort la couverture des besoins, la réponse entendue jusqu’à présent a consisté à prôner qu’il suffirait (au niveau national ou au niveau international) de prélever chez ceux qui ont relativement plus de ressources pour transférer (directement ou indirectement) à ceux qui en ont moins. Or, cela rompt avec le souci de justice et d’équité dans la répartition qui animait les premiers économistes libéraux, d’autant que le contribuable donateur y est contraint par une puissance qui, dans la pratique de sa politique, sort de son impartialité.

L’adoption idéologique de ce même concept se fonde sur le constat des inégalités de répartition - qui font ressortir des « poches de misère » dans un environnement d’abondance - et met en avant l’existence de besoins non satisfaits pour prôner une redistribution du produit global. Toutefois, sa principale faiblesse tient au fait que sa justification s’appuie sur des arguments éthiques, moraux et sentimentaux, qui n’ont pas valeur de démonstration aux yeux de ceux qui n’accordent crédit qu’à une démarche scientifique rigoureuse.

Cependant, devrait-on strictement « ranger » l’approche du développement humain derrière l’une ou l’autre de ces orientations ? Pour sa part, le PNUD précise que: « le concept de développement humain ne se réfère à aucun modèle préétabli » (64).

On pourrait plutôt parler de leur combinaison, de leur association, chacune apportant ce qu’elle a de positif pour combler les lacunes de l’autre. Il nous paraît, cependant, important de souligner qu’une telle association ne se fait pas dans le souci d’opérer un compromis entre deux thèses opposées. Elle apparaît (comme un constat) simplement au regard de la rigueur méthodologique qui caractérise la démarche du développement humain relativement à sa problématique fondamentale. Autrement dit, la visée du bien-être humain étant admise, le ‘déroulement’ de la démarche révèle que celle-ci intègre des éléments des thèses libérales et socialistes, seule la cohérence d’ensemble du raisonnement étant recherchée. En effet, la pensée et l’analyse économiques évoluent par l’émergence de nouvelles approches qui, en prenant appui sur celles qu’elles entendent dépasser, intègrent leurs éléments soit pour les prolonger, soit pour s’y opposer, soit en partie les deux.

Par ailleurs, nonobstant la mise en exergue conjointe de la nécessité de la croissance et du concept de besoins, tout en mettant l’accent sur l’élargissement des possibilités qui doivent être accessibles à tout être humain du groupe, aussi, pouvons-nous partager le point de vue du Professeur Dasgupta (1993), qui affirme, à propos du rejet idéologique des besoins, qu’il serait surpris de voir un économiste se montrer hostile à l’élimination de l’exclusion et de l’indigence, en arguant simplement que la démarche retenue a recours à la notion de "besoins". L'auteur signale, d’ailleurs, qu’à sa connaissance personne ne s’est encore prononcé dans ce sens. Ainsi, autant la cohérence analytique d’une démarche peut-elle être remise en cause, si elle s’avère s’écarter de sa finalité ou des principes fondamentaux qui sous-tendent la problématique (la justice et la liberté par exemple), autant sa remise en cause purement idéologique, instinctive et mécanique, sera-t-elle à abhorrer. C’est dans ce sens qu’on peut apprécier la prise en compte croissante des besoins dans le débat économique.

4) L’évolution récente du concept de besoin dans la littérature économique

Le regain d’intérêt pour la prise en compte explicite du concept de besoin dans la pensée économique mérite toutefois d’être relevé. Le PNUD n’est pas le seul à recommander la prise en compte des besoins dans l’analyse et la mesure du progrès économique et social. Malgré les infortunes de l’approche des besoins fondamentaux pour défaut de formalisation et portée limitée, des organisations internationales ont encouragé les travaux visant à intégrer les besoins dans l’analyse économique. Citons-en quelques-uns.

Les besoins seront privilégiés dans le Rapport Brundtland par la Commission Mondiale pour l’Environnement et le Développement, où l’on peut lire que : « Le développement durable est un développement qui vise à satisfaire les besoins des générations présentes sans compromettre les possibilités offertes aux générations futures de satisfaire les leurs. Il contient, ajoute le Rapport Brundtland, deux concepts clés :

    * le concept de ‘besoins’, en particulier les besoins fondamentaux des pauvres du monde, auxquels une priorité absolue doit être accordée ; et

    * l’idée des limites imposées à l’état actuel de la technologie et de l’organisation sociale par l'environnement quant à sa capacité à satisfaire les besoins présents et futurs » (65).

La Banque Mondiale, dans son Rapport sur le développement dans le monde 1992, insiste également sur les besoins, en reprenant notamment la thèse de la Commission Mondiale pour l’Environnement et le Développement ci-dessus citée, pour écrire qu’un tel principe : « fait l’objet d’un large consensus et le présent Rapport y est tout à fait acquis » (66).

En outre, la Banque Mondiale dans son Rapport sur le développement dans le monde 1993 énonce les domaines au travers desquels le PNUD accorde la priorité aux critères retenus dans l’IDH. La Banque Mondiale écrit notamment : « Dans le monde entier, beaucoup a déjà été fait pour donner aux individus les moyens de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Les résultats acquis tracent la voie pour l’avenir : avant tout, croissance économique et développement de la scolarisation et des services de santé. » (67) (italique et gras ajoutés)

Visant une dimension internationale de cette démarche, le PNUD suggère aussi de : « concentrer l’attention sur les fondations d’un nouvel ordre mondial axé sur les besoins des populations. » (68) (italique et gras ajoutés)

Cette reconnaissance officielle de l’importance du rôle des besoins dans l’appréciation du progrès socio-économique et de la qualité de la vie fait aussi suite aux travaux insistants de plusieurs auteurs.

Le Professeur Tinbergen estimait, en effet, que le progrès et l’optimisation du bien-être social devraient nécessairement passer par l’invention de nouvelles institutions et une redéfinition du rôle de l’économiste. Constatant que la science économique contemporaine était mal préparée pour y parvenir, il suggérait que de nouvelles tâches soient assignées à l’économiste. Et, à propos de ces tâches futures de l’économiste, écrit le Prix Nobel : « nous préférons qu’elles soient orientées vers la satisfaction des besoins plutôt que guidées par la seule curiosité » (69) (italique et gras ajoutés).

Pour sa part, le Professeur Perroux met l’accent sur la couverture des coûts de l’homme. Les coûts de l’homme qu’il propose de couvrir sont, selon lui, de trois sortes (70) : ceux qui contribuent à préserver la vie humaine (lutte contre la mortalité), ceux qui permettent à tous les êtres humains une vie physique et mentale minima (soins médicaux, activités de prévention hygiéniques, secours, invalidité, vieillesse, chômage), et enfin ceux qui ouvrent l’accès à la connaissance et aux loisirs. En d’autres termes, pour François Perroux: « les coûts humains désignent ceux qui permettent de satisfaire les besoins existentiels de l’homme » (71).

Dans la définition et la mesure qu’il donne du bien-être, James Griffin (72) met l’accent sur la satisfaction des besoins. Tenant compte à la fois du caractère restrictif de la notion de besoins fondamentaux et de la pluralité des situations humaines, l’auteur écrit que : « Le bien-être est le niveau auquel les besoins fondamentaux sont satisfaits, pour autant que leur importance soit admise » (73).

Prenant appui sur les « valeurs culturelles » comme principaux déterminants de la structure des besoins, des auteurs tels Joël Jalladeau et Denis Requier Desjardins (74) ont axé leurs travaux sur des études appliquées à l’Afrique Subsaharienne. Ce courant montre comment les valeurs anthropo-culturelles entrent en contradiction avec les politiques publiques qui les ignorent dans leur conception. Ce faisant, les résultats attendus de ces politiques s’en trouvent biaisés, de même que se trouvent infirmées les analyses économiques pures des besoins et de la consommation alimentaire. Aussi, Joël Jalladeau peut-il écrire : « si la culture traduit l’adaptation de l'être humain à son environnement, ce sont les valeurs culturelles qui imposent ce qui est nécessaire tant au plan matériel que non-matériel » (75). L’auteur propose de resituer la consommation dans le champ des rapports sociaux pour lui conférer son sens plénier. En effet, comme l’écrit Joël Jalladeau : « Il peut être soutenu que les besoins ne sont pas naturellement illimités et que les comportements de consommation ne témoignent pas de l’autonomie qu’ils sont censés manifester » (76).

Le primat d’une « raison culturelle » est aussi mis en exergue par Denis Requier Desjardins pour étayer sa théorie anthropologique du changement social (77).

Pour sa part le Professeur Braybrooke relève (78) que les questions fondamentales de politique surgissent comme des aspects de la tâche générale visant à concilier l’attention accordée aux besoins et celle dont bénéficient les préférences. Or, la théorie marxiste, en se basant sur les besoins, résout la question des préférences de manière administrative : les besoins déterminent les préférences. Le libéralisme, pour sa part, élude la question des besoins, mais s’intéresse aux préférences, lesquelles se proportionnent à la contrepartie qu’offrent les sujets pour leur satisfaction. Cet auteur propose par conséquent d’associer ces deux approches.

Selon le Professeur Dasgupta, en posant la question de savoir quelles sortes de vies les gens préfèrent mener, on demande par la même occasion quels sont les biens nécessaires pour leur permettre de mener de telles vies. « Dans cette perspective, écrit-il, on a en vue les besoins de biens fondamentaux, et des exigences qui pourraient en découler » (79) (italique et gras ajoutés).

C’est ainsi que, s’agissant d’une base théorique intégrant les besoins, le Professeur Dasgupta estime qu’il importera de les identifier, de les chiffrer, et de les hiérarchiser. Se proposant d’entreprendre la construction (scientifique, mathématique) d’une telle théorie, il reconnaît que la tâche sera rude, en raison de l’absence de la notion de besoin dans la théorie moderne de l’allocation des ressources.

Quant à l’élaboration d’un tel cadre théorique prenant en compte les besoins, il s’agit donc encore d’un terrain quasiment vierge, mais vers lequel s’orientent déjà plusieurs travaux. (80)

C’est sans doute en considération de toute cette évolution, vers des constructions systématiques, que le Professeur Barrère (1994 : 41) a pu relever que la tendance actuelle de la science économique est marquée par une démarche procédant d’une conception de l'être humain vivant en société, et visant à lui procurer les meilleurs moyens d’atteindre ses fins.

Telle doit être la visée des réponses à apporter au questionnement fondamental du développement humain - exprimé plus haut - en vue d’éclairer la décision politique. Libéralisation et participation doivent être les caractères principaux d’une telle politique, auxquels il convient d’ajouter la décentralisation là où elle fait encore défaut.
 

    B - Fondements d'une politique du développement
Face à la mondialisation de l'économie, quelles sont les conditions de réalisation de la finalité du développement humain ? Il ressort des Rapports du PNUD que ses principales orientations de décision politique recommandent de libéraliser, décentraliser, garantir et veiller à la participation de tout être humain du groupe à la prospérité commune et au bénéfice des fruits de cette prospérité.

Au plan économique, le triptyque libéralisation-décentralisation-participation vise, in fine, à éliminer durablement l’exclusion (au sens du mot anglais ‘destitution’), la pauvreté et la précarité ; il porte donc sur la prospérité économique. Au plan de la philosophie politique, il semble renvoyer à la notion de ‘démocratie’ au sens large, avec une idée sous-jacente de ‘méritocratie’.

La libéralisation porte à la fois sur la promotion de l’initiative privée et sur le libre fonctionnement des mécanismes de marché. Elle est censée réaliser l’allocation optimale des facteurs de production, mais, aussi, une distribution optimale des biens et services.

La décentralisation suggère de remettre le pouvoir décisionnel à des autorités locales, élues ou susceptibles de rendre compte de leurs actes aux communautés et personnes qu’elles sont censées servir. Elle permet à la fois : d’associer plus directement les populations à la gestion des affaires publiques, d’atteindre une plus grande efficacité des dépenses publiques, et un prélèvement fiscal plus efficient.

La participation renvoie, en amont, au souci de faire de tout être humain du groupe l’acteur principal du progrès économique et, en aval, à faire de lui la finalité de ce processus, son ultime bénéficiaire. Ainsi que nous l’avons déjà dit, l’individu dans l’optique du développement humain est surtout considéré comme la finalité du progrès économique, même s’il en est aussi le moyen. Pour cela le PNUD estime que : « La nécessité de satisfaire en priorité les besoins des populations va de pair avec la conception du développement présentée dans ce rapport, où la participation joue un rôle essentiel » (81) (italique ajouté).

Ainsi, la conduite d’une politique de développement humain exigerait que l’accent soit mis sur la garantie de la satisfaction des besoins et des aspirations de chaque individu (ou groupe), par sa participation, à la fois à la formation et au partage du produit, et à l’orientation de son devenir économique, politique, social et environnemental. C’est dans cette optique que le PNUD a pu écrire que : « Les besoins et les intérêts des individus doivent imprimer sa direction au développement, et ces mêmes individus devraient se trouver pleinement impliqués dans l'impulsion à donner à la croissance économique et au progrès social » (82).

Rejoignant les problèmes actuels de lutte contre l’exclusion et le chômage, l’important dans ce raisonnement porte, outre la liberté, sur la possibilité pour chacun de disposer d’un revenu lui permettant de mener une vie décente. Tel est le principal objectif assigné au thème de la participation dans la politique (économique) du développement humain.

Quelle doit, en effet, être la signification de la participation pour divers pays ? Elle ne saurait être la même pour tous, et il faudra autant de politiques économiques que de situations spécifiques (ou catégories) dans laquelle chaque pays peut se trouver : pays riche et industrialisé, pays riche et non industrialisé (ayant par exemple une importante rente pétrolière, minérale ou fiscale), pays pauvre, pays endettés, etc. Le cadre théorique d'analyse du développement ci-après dégage les diverses situations.

Toutes les recommandations et orientations ci-dessus précisées dans le domaine de la politique économique du développement humain doivent être combinées dans un cadre politique, de manière rationnelle, cohérente, dans le respect de l’orientation de la problématique du développement humain. C’est à partir d’un tel cadre que les pouvoirs publics devraient agir sur le processus économique.

Rappelons la distinction qu’il convient de faire entre le cadre théorique de politique et le processus, ainsi que la nature des liens qui s’établissent entre eux, d’une part, et entre politique régulatrice et politique ordonnatrice, d’autre part.

Le processus économique est le domaine où s’exerce pleinement la libre activité et l’initiative individuelles. La politique régulatrice est celle que l'État peut effectuer directement sur le processus. Le bon fonctionnement du processus dépend du degré d’aménagement du cadre. Un cadre décisionnel bien aménagé favorisera d’autant plus le fonctionnement du processus, et l'État aura dans ce cas moins à intervenir sur le processus.

Dans un système qui prône la libéralisation, l’activité de l'État s’exerce au travers du cadre, lequel lui sert de référence, d’outil-guide dans la conduite de sa politique. La politique ordonnatrice porte sur le cadre. Celui-ci englobe l’ensemble des faits qui, sans toutefois surgir spontanément dans la vie économique, agissent de façon exogène sur l’évolution de l’économie. Ainsi, le cadre contient, comme l’écrit le Professeur Bilger : « des réalités qui, en vertu de l’interdépendance générale des faits sociaux, déterminent la vie économique ou à l’inverse subissent ses effets : les êtres humains et leurs besoins, les ressources naturelles, la population active et inactive, les connaissances techniques, et scientifiques, l’organisation politique et juridique de la société, la vie intellectuelle, les données géographiques, les classes et groupes sociaux, les structures mentales, etc. » (84).

Ces réalités ayant des effets indéniables sur la vie économique et sociale, il revient à l'État de déterminer l’action devant être conduite sur l’ensemble des données exogènes qui influencent le processus. Cela revient donc à ordonner l’action publique à partir du (et dans le) cadre, de telle sorte que les résultats attendus sur le processus soient les plus souhaitables. On voit ainsi apparaître la nécessaire prise en compte des spécificité humaines, spatiales et temporelles dans la définition de la politique ordonnatrice.

C’est cette même précision qu’a voulu apporter le PNUD, en écrivant que : « Le cadre politique détermine l’efficacité avec laquelle les ressources s’investissent, et la souplesse requise dans un monde en évolution constante pour assurer une croissance soutenue. » (85) (gras et italique ajoutés). Un tel cadre théorique de politique économique, compatible avec la problématique et l'analyse du développement humain, c'est-à-dire visant à associer efficacité économique et justice sociale peut être en toute logique tiré du cadre théorique d'analyse du développement humain.

C’est ainsi qu’à propos du rôle de l'état en particulier, celui-ci n’est pas censé intervenir dans la vie économique en tant qu’acteur. C’est pourquoi le PNUD écrit : « De quoi a-t-on besoin ? D’un secteur public plus réduit mais plus efficace, capable de créer et de rendre opérationnel un cadre de développement, de guider les investissements privés vers les secteurs prioritaires du développement humain » (86).

Parallèlement à cette restriction du rôle de l'État, la libre entreprise et la libéralisation des marchés sont recommandées. Toutefois, dans le domaine de la politique économique, les analyses et les prises de position de l'Abbé de Condillac sont plus nombreuses et sans équivoque, et nous apparaissent cohérentes vis-à-vis de la démarche. Selon Condillac, lorsque l’économie jouit d’une totale liberté les richesses s’accroissent ; tout est mis en valeur lorsque chaque citoyen réalise ses aspirations, et poursuit une activité librement choisie. Le rôle de l'État (qu’il nomme puissance souveraine) est limité à trois fonctions (législative, exécutive et de défense armée), auxquelles Condillac propose (87), avec quelques réserves, d’en ajouter une quatrième : la fonction sacerdotale. Selon lui, c’est le maintien de l’ordre qui est le garant de la justice, et la puissance se doit de l’assumer sans intervenir dans les choix économiques, puisque les besoins des humains les poussent à orienter l’activité vers les productions les plus utiles à la communauté. Condillac pour sa part affirme que : « Si cette puissance maintient l’ordre et la liberté, une nation qui s’occupera de tout, sans préférence exclusive, sera aussi riche qu’elle peut l’être. » (88)

L’intérêt particulier ne conduisant pas nécessairement et automatiquement à l’intérêt général, les individus doivent réaliser l’intérêt particulier, mais l'État doit veiller à la réalisation de l’intérêt général car telle doit être la finalité de son action. (89)

Cependant, et c’est un fait d’actualité si l’on se réfère aux pays ex-communistes, Condillac avait envisagé une situation où l’ordre et la liberté sur le plan économique auraient été volontairement rompus, et qu’on cherchait à les rétablir. Selon Condillac, il faut du temps et une bonne préparation pour rétablir la liberté du commerce là où elle avait été précédemment détruite ; et l’inflation (la cherté) qui succède à ce rétablissement n’est pas imputable à la liberté rétablie, mais, plutôt à la manière dont elle l’a été, surtout si ce rétablissement a été brusque et mal préparé (90). Selon ses propres termes : « Il faut souvent prendre des précautions sans nombre pour rétablir l’ordre (...) un mot du monarque avait pu anéantir cette liberté ; un mot ne la reproduit pas, et il y eut cherté peu de mois après. » (91)

S’agissant des transferts et des dépenses sociales comme moyens de lutte contre l’exclusion, nous avons vu que leur pratique était critiquée en raison de son caractère partial, et donc "injuste". Tel est l’avis de Condillac, qui estime que dans une société civile, tous les citoyens sont liés par un contrat, exprès ou tacite, qui les engage à contribuer mutuellement à l’avantage commun. Pour ce faire, il suffit à chacun d’entre eux d’être utile aux autres. Aucun citoyen ne doit échapper à cette obligation, car c’est elle qui garantit la cohésion du corps social. Quiconque se soustrait à cette obligation ne doit pas être pris en charge par la société. Ainsi, Condillac dira : « Un homme inutile n’est donc pas un citoyen ; à charge à la société, il ne fait rien pour elle ; elle ne lui doit rien. » (92)

Toutefois, cette prise de position assez rigide de l’auteur tient plus à la rigueur de son analyse, car il n’ignore pas que la situation de cet ‘homme inutile’ peut avoir un caractère involontaire. Son raisonnement vise surtout à concilier les exigences de justice (au sens vu plus haut, qui veut le respect de la propriété privée et des libertés) dans la répartition avec la finalité de son analyse, qui est le bien-être de chaque citoyen. Or, la réalisation de ce bien-être passe par la satisfaction des besoins (et pas nécessairement par des prélèvements obligatoires sur certains citoyens au profit des autres). En outre, contrairement à Adam Smith qui n’avait pas envisagé la possibilité du chômage involontaire, Condillac en était conscient et attribuait une telle situation à une mauvaise conduite des affaires publiques. Selon lui il n’y a de mendiants que là où le gouvernement est vicieux. Un tel contexte, entre autre, peut conduire des individus à se retrouver sans ressources et au chômage involontaire. Comme il l’écrit : « Je sais qu’on suppose que tout le monde peut vivre de son travail ; car le riche, qui ne fait rien, dit au malheureux, qui manque de pain, va travailler. (...) le luxe, qui multiplie les mendiants rend les âmes inhumaines, et il n’y a plus de ressources pour l’indigent. » (93)

Condillac tout en n’étant pas favorable aux «transferts sociaux », s’intéresse à tous les moyens aptes à permettre aux êtres humains de subvenir à leurs besoins grâce à des ressources légitimement et dignement gagnées, qu’elles prennent la forme de salaire, de profit, de rente, ou d’intérêt, etc. Il met ainsi l’accent sur l’importance de la solvabilité, sur le fait de pouvoir disposer de ressources suffisantes pour ne pas se trouver dans le malheur de manquer de pain. D’ailleurs le riche, qui ne travaille pas, ne manque pas de pain. Toutefois, il serait injuste d’aliéner le bien d’autrui, ou d’enfreindre la liberté d’action de quelque membre de la société. En effet, le fait que le riche puisse avoir une « âme inhumaine » ne doit pas être un argument suffisant pour le contraindre à la ‘générosité’ ou à la ‘solidarité’ par des prélèvements obligatoires sur ses ressources. Il convient d’opter pour d’autres solutions.

Rejoignant les problèmes actuels de lutte contre l’exclusion et le chômage, l’important dans ce raisonnement porte, outre la liberté, sur la possibilité pour chacun de disposer d’un revenu lui permettant de mener une vie décente. Tel est le principal objectif assigné au thème de la participation dans la politique (économique) du développement humain.

Quelle doit, en effet, être la signification de la participation pour divers pays ? Elle ne saurait être la même pour tous, et il faudra autant de politiques que de situations spécifiques (ou catégories) dans laquelle chaque pays peut se trouver : pays riche et industrialisé, pays riche et non industrialisé (ayant par exemple une importante rente pétrolière, minérale ou fiscale), pays pauvre, pays endettés, etc.

C’est à propos de la lutte contre les inégalités de répartition de revenu que les recommandations du PNUD divergent de celles de Condillac et d’Adam Smith. Pour le PNUD, en effet : « Il est impératif de corriger, d'une manière ou d'une autre, les différences de revenu au sein d'un même pays car elles peuvent atteindre une ampleur vertigineuse. » (94). Toutefois aucun argument technique n’est donné pour justifier un tel objectif (95).

Toujours au sujet de la question des inégalités Condillac, pour sa part, du côté des gains, partant de la considération que la liberté et l’ordre permettent l’allocation optimale sur le marché et favorisent la diversification des activités, reconnaît que certaines activités procureront à ceux qui les exercent plus de gains que d’autres. Mais, selon lui, l’inégalité de répartition qui peut en découler ne serait pas un mal en soi, car n’étant pas injuste. C’est dans cette optique qu’il écrit que : « Quand tout est dans l’ordre, tous les travaux sont utiles. Il est vrai qu’ils répartissent inégalement les richesses ; mais c’est avec justice, puisqu’ils supposent des talens plus ou moins rares. Personne n’a donc à se plaindre, et chacun se met à sa place. » (96) Du côté de la dépense, il a une analyse similaire (97), estimant notamment qu’en fonction des lieux et des prix pratiqués, le même niveau de vie peut être atteint par des individus ayant des revenus très inégaux. C’est pourquoi il conviendrait de n’avoir en vue que l’objectif de départ : la réalisation du bien-être de chaque individu, par la satisfaction de ses besoins dans son environnement social et/ou naturel.

La pluralité des situations réelles exige que des instruments et des méthodes différents, mais bien adaptés, puissent être engagés dans chaque cas. Ne perdant pas de vue le caractère dynamique de l’évolution des sociétés, Condillac relève que cette évolution passe par trois états. Dans chacun de ces états, les activités des individus se rapportent à la nature et à l’ampleur de leurs besoins, et cette combinaison caractérise trois états de vie. La vie grossière, la vie simple, et la vie molle, cette dernière caractérisant l’état d’une société dans laquelle le progrès économique et le développement des arts ont permis d’atteindre un haut niveau de richesse nationale, mais où la répartition de la richesse n’assure plus la prospérité pour tous. Ici, la misère côtoie l’opulence, le luxe se développe et n’est accessible qu’à une minorité, la prospérité globale décroît.: « Alors, écrit Condillac, le désordre est au comble. La misère croît avec le luxe : les villes se remplissent de mendiants, les campagnes se dépeuplent, et l’état, qui a contracté des dettes immenses, semble n’avoir encore de ressources que pour achever sa ruine. » (98)

Toutes les recommandations et orientations ci-dessus précisées dans le domaine de la politique économique du développement humain doivent être combinées dans un cadre politique, de manière rationnelle, cohérente, dans le respect de l’orientation de la problématique du développement humain. C’est à partir d’un tel cadre que les pouvoirs publics devraient agir sur le processus économique.

Une acception de la participation au sens de Condillac remettrait en cause l’analyse actuelle du problème du chômage, en tant que celui-ci élude le problème fondamental qui est plutôt celui de l’insolvabilité des personnes visées. Il semble donc possible, à cet égard et à l’appui du cadre formel de l’analyse du développement humain représenté ci-dessus (Graphique 5.12) de montrer qu’en s’intéressant au problème de l’insolvabilité des individus et non au chômage, celui-ci se résoudrait, indirectement, dans les solutions à l’insolvabilité. Il existe, en effet, plusieurs sources de revenus, plusieurs possibilités de solvabilité, dont le revenu du travail humain (salarial) n’est qu’une des composantes. Par le passé cette composante a été prépondérante dans les pays industrialisés actuels, et le demeure dans les pays non industrialisés. Cependant, en cherchant à rendre les individus solvables, il apparaît qu'en fonction de la situation des pays, ou des groupes d'individus retenus, des revenus du capital, de la rente, ou du travail peuvent être accessibles à tous, dans un cadre respectant la libéralisation, la décentralisation, la participation de chacun, et l'inaliénation de la propriété privée.

Bref, la thèse à défendre dans cette approche se ramènerait à la démarche suivante.

  1. Le constat : A la base des malaises sociaux (exclusions, pauvreté...) se trouve un problème d'insolvabilité des individus visés, et non un problème de non-travail. A titre d'illustrations, les personnes qui passent leur temps à voyager à travers le monde pour consommer toutes sortes de loisirs et d'agréments ne posent aucun problème du fait qu'ils ne travaillent pas : ils sont solvables (rentiers, capitalistes, vedette internationale du sport, de la musique, de la beauté, etc.). De l'autre côté, les travailleurs se plaignent et revendiquent toujours moins de travail et relativement plus de possibilités d'accès à la consommation des biens et des loisirs (donc plus de solvabilité). Le débat actuel sur la diminution du temps de travail (avec ou sans diminution de salaires ?) est un exemple patent à cet égard. Or, toute la question du chômage - et/ou de la précarité - porte sur des personnes insolvables - ou dont la solvabilité n'est pas garantie sur la longue durée - à qui l'on propose de 'rechercher' un emploi (affectation d'un travailleur à un poste de travail) non comme une fin en soi, mais simplement comme un moyen (parmi d'autres on l'a vu) de devenir solvable.
  2. L'affirmation de la position : Si la recherche du bien-être de tout individu dans une société est l'objectif visé, alors on serait fondé d'affirmer que la recherche des solutions au 'problème' du sous-emploi du travail humain pour y remédier débouchera nécessairement dans une impasse, ou se traduirait par l'expression anglaise "a wild goose chase" (99).
  3. La démarche : En revanche, il conviendrait de substituer le problème de l'insolvabilité à celui du chômage. Cela permet d'aller au-delà du seul revenu salarial comme principale solution à l'insolvabilité, pour voir qu'en fonction de la situation spécifique du pays, d'autres sources de revenus sont autant, sinon mieux à même de résoudre ce problème que ne le fait le travail humain au fur et à mesure du développement des techniques et des technologies. Ce sont donc tous les moyens, et les méthodes de leur mise en oeuvre pour réaliser cet objectif de solvabilité de tout individu dans toute société humaine, qui semblent devoir être recherchés. Cela, plutôt que de se focaliser sur un seul de ces moyens, et chercher à faire travailler le plus grand nombre d'humains alors qu'ils sont de plus en plus, utilement et inéluctablement, remplacés par des moyens non humains (technologies, machines, principes physiques et chimiques de la nature, etc.).
C'est dans cette optique que, ces fondements de la politique économique du développement humain étant ainsi précisés, les travaux de prolongement de ce nouveau système d'économie politique dégageront les moyens à mettre en oeuvre pour réaliser le même objectif de solvabilité des individus, mais dans des situation particulières des pays : riches et industrialisés ; riches et non industrialisés ; endettés mais avec une bonne assise des facteurs du développement humain (voir Fongang, 1997) ; endettés avec un faible potentiel de développement humain ; intermédiaires ; pauvres.

            Conclusion

Dans la présentation de la vue d’ensemble de l’approche du développement humain, que nous venons d’effectuer, nous nous sommes efforcés de faire ressortir les fondements et les enjeux de chacune des étapes visées : une problématique du bien-être humain, suivie d’une analyse scientifique partant de l’individu, et un cadre politique permettant d’orienter l’évolution du processus économique vers la finalité de la problématique.

Ainsi perçue, l’approche du développement humain passe bien pour être un nouveau Système complet d'Économie Politique, c'est-à-dire, comme l’écrit le Professeur Barrère : « une combinaison logiquement cohérente de la problématique et de l’analyse économiques, provoquant la constitution d’une élaboration abstraite, offrant une représentation synthétique de l’économie, et permettant la mise en oeuvre d’une politique » (100).

Cependant, quoique tous les éléments constitutifs de ce Système pnudien d’économie politique soient ainsi connus, leur agencement en un véritable système opérationnel est encore en cours d’élaboration. Ce fait offre donc d’énormes possibilités de travaux sur le thème du développement humain.


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    Notes
1. Communication au Colloque international sur le développement des nations : Poitiers 28-30 mai 1997.

2. Par la suite nous limiterons très souvent cet intitulé aux seuls mots Rapport, ou Rapports lorsque la référence porte sur plusieurs années.

3. Ainsi, le Professeur Tinbergen écrivait que « la controverse entre l’Est et l’Ouest ... est souvent exagérée au détriment de tous ... puisque l’optimum comprend des éléments de chacun de ces deux systèmes, non pas tant sous la forme d’un compromis, mais plutôt comme synthèse » (Tinbergen, Jan. 1972. Politique économique et optimum social. Paris : Economica : 168). Pour sa part, le Professeur Bilger dès 1985 écrivait : « Aujourd'hui (...) il ne s'agit plus d'imiter ou d'adapter, il s'agit d'innover. Il faut découvrir une méthode économiquement plus efficace et socialement plus satisfaisante que celles qui sont actuellement appliquées ou proposées dans le monde. » (Bilger, François. 1986. L'expansion dans la stabilité. Paris : Economica : 10.)

4. PNUD. Rapport mondial sur le développement humain 1993. Paris : Economica : 9.

5. PNUD : Rapport 1990 : 1.

6. Smith, Adam (Kirkcaldy 1723 - Edimbourg 1790)

7. Smith, Adam. 1776. La richesse des Nations (Liv. V, Ch.I, Sect.3). Paris : Flammarion. 1991 : 396.

8. Ces philosophes appartiennent à la période attique (Vè-IVè s. av. J.-C.) de la chronologie littéraire grecque.

9. Ces auteurs sont de la période hellénitisque (de - 323 à - 31) pour Epicure et de la période romaine et byzantine (Ier s. av. J.-C. - IVè s. apr. J.-C.) pour Epictète.

10. Epicure. Lettre à Ménécée. (in Vergely, Bertrand. 1993. La philosophie. Paris : Larousse : 590).

11. Epictète. Faire ce qui dépend de nous, (in Vergely, Bertrand. 1993. La philosophie. Paris : Larousse : 577).

12. Cette philosophie fut mise au point par Saint Anselme, Abélard et Pierre Lombard, mais atteignit son apogée avec Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin.

13. Thomas d'Aquin (St), Somme théologique, T3, Q.77, article 1 ( Éditions de la Revue des Jeunes, Paris).

14. Voir Aristote. La Métaphysique, D , 20 ; ou Aristote. éthique à Nicomaque, I, 6 1098a5 ; I, 9, 1098b31 ; II, 4 ; ou encore Aristote. Les Attributions (Catégories). Traduction Yvan Pelletier. 1983. Montréal-Paris : Bellarmin-Les Belles Lettres. Dans ce dernier ouvrage, le Professeur Pelletier mentionne (page 67, note 11) que l’habitus, ou possession : « signifie fondamentalement l’acte d’avoir, puis la disposition dans laquelle se trouve celui qui a. Cette disposition même diffère selon l’objet de l’acte. Tant que cet objet est matériel et extérieur, le mot français possession traduit assez bien l’état de celui qui a l’objet concerné. Mais, dès qu’il s’agit de quelque chose d’immanent, touchant le corps ou l’âme, comme la santé ou la connaissance - et c’est ce contexte que vise ordinairement Aristote -, on ne dispose plus d’aucun mot français adéquat. Nous ne voyons donc rien de mieux, pour traduire la disposition dans laquelle se trouve celui qui a la science ou la vertu, par exemple, que de calquer le mot latin habitus ». Nous reprenons cette note à notre compte dans le cadre du présent travail.

15. Dimensions retenues dans la mesure du développement humain par le PNUD.

16. Thomas d’Aquin (St), Somme théologique, T2, Q.2, article 5 (Les Ed. du Cerf, Paris, 1984, p.28).

17. L’Abbé Étienne Bonnot de Condillac (Grenoble 1715 - abbaye de Flux 1780), était Membre de l’Académie Française dès 1768, et Membre de la Société Royale d’Agriculture d’Orléans.

18. La résurgence de la nécessité d’établir des liens entre les fondements éthiques et philosophiques - d’où est issue la finalité humaine - et se situant hors du clivage « libéraux-socialistes » s’est affirmée, depuis les libéraux humanistes (dont Smith et Condillac), avec les travaux des Professeurs François Perroux, Jan Tinbergen, Étienne Antonelli, Amartya Sen, du PNUD et ceux, mentionnés plus haut, qui ont contribué à l’émergence de l’approche du développement humain.

19. Selon l’Abbé Nicolas Baudeau (1730-1792), physiocrate, les travaux des « vrais économistes » sont caractérisés par : une doctrine, des livres classiques, une formule arithmétique (au sens de formalisation, de capacité de modélisation ou d’analyse scientifique), des termes techniques (on a par la suite pu parler de « terminologie de la discipline », de « style de la secte », de « langage de la tribu »). Ces caractères ont dès lors influencé et conforté les économistes en quête d’une autonomie, et entendant affirmer le caractère scientifique de la discipline. De ce fait, ont été alors considérés comme étant à la marge de la discipline les travaux qui apparaissaient ne pas respecter les traits caractéristiques susmentionnés et, en particulier, ceux qui ne donnent pas lieu à la formalisation. Aussi, les concepts jugés non mesurables ou difficilement quantifiables sont-ils très souvent considérés par un certain nombre d’économistes comme ne relevant pas de la sphère de la discipline économique.

20. Partha Dasgupta, Professeur de Sciences Économiques à l’Université de Cambridge, et Professeur de Philosophie à l’Université Stanford.

21. Dasgupta, Partha. 1993. An Inquiry into Well-Being and Destitution. Oxford : Clarendon Press : 10.

22. Heinrich Friedrich Von Storch (Riga 1766 - St Petersbourg 1835), économiste russe d’origine allemande. Conseiller d’Etat en Russie, il fut en outre chargé de l’éducation du futur Nicolas Ier et du Grand Duc Michel. Il enseigna à Saint Petersbourg au Corps des Cadets. Membre des Académies de Saint-Petersbourg, de Munich, et de plusieurs autres Sociétés savantes. Il permit également l’admission de Jean-Baptiste Say (alors son ami) à l’Académie Impériale de Saint-Petersbourg.

23. Cet ouvrage fut rédigé directement en français, et publié à Saint-Petersbourg en 1815, en six volumes, puis en 1823/1824 à Paris en cinq tomes (et cinq volumes) avec des annotations et commentaires de Jean-Baptiste Say pour les quatre premiers. C’est à l’édition de Paris que nous nous référons.

24. Storch, Henri. 1815. Cours d’Economie politique. Tome 1. Paris (1823-1824) : J. P. Aillaud : Bossange : Rey et Gravier : 37.

25. Et l’auteur de citer en références Platon, Aristote, Cicéron, Bacon, Hume, Smith, Ferguson, Bentham, Condorcet, Mably, Herder, Heeren, Iselin, Beccaria, Filangieri...

26. Storch, Henri. 1815. Cours d’Economie politique. Tome 3. Paris (1823-1824) : J. P. Aillaud : Bossange : Rey et Gravier : 217.

27. Étienne Antonelli, Professeur aux Universités de Lyon et de Montpellier.

28. Antonelli, Étienne. 1958. Études d’économie humaniste. Paris : Sirey.

29. Antonelli, Étienne. 1960. Introduction à l’économie humaniste. Montpellier : J. Reschly : 4.

30. PNUD. Rapport mondial sur le développement humain (1990 : 9 ; 1994 : 14).

31. Sudhir Anand, (1991) University Lecturer in Quantitative Economic Analysis, University of Oxford ; Fellow & Tutor at St Catherine’s College.

* Parenthèses des auteurs.

32. Anand, Sudhir, et Amartya Sen. 1994. Sustainable Human Development : Concepts and Priorities. New York : PNUD : 3.

33. Meghnad Desai, Professeur à la London School of Economics.

34. Desai, Meghnad. 1991. "Human Development : Concepts and Measurement". European Economic Review, 35 : 355.

35. Voir par exemple Ignacy Sachs (in Le Monde Diplomatique, janvier 1995 : 12-13), Serge Latouche (1991) ; à propos des capacités humaines on lira aussi l’être, le faire : Partha Dasgupta (1993), PNUD (1990), Amartya Sen (1989, 1990). D’autres auteurs, non économistes, en ont fait des thèmes d’ouvrages entiers : Erich Fromm (psychanalyste), 1976, Avoir ou Être ? ; Gabriel Marcel (philosophe), 1936, Être et Avoir.

36. PNUD : Rapport mondial sur le développement humain 1991 : 41.

37. Le Sommet du Groupe des 7 pays les plus industrialisés prévu à Lyon en 1996 s’est donné pour thèmes les questions d’emploi et de lutte contre le chômage à l’échelon mondial ; preuve symptomatique de l’urgence de ces questions.

38. A propos de l’aide, et pour le cas de l’Inde, Garrett Hardin écrivait en 1977 que : « L’Inde, par exemple, a actuellement une population de 600 millions, qui s’accroît de 15 millions chaque année... chacune des 15 millions de vies qui s’ajoutent à la population de l’Inde induit des limites supplémentaires à l’environnement ... Toutefois, aussi philanthropiques que nous puissions être, chaque vie indienne sauvée grâce à l’aide médicale ou alimentaire étrangère diminue la qualité de la vie de l’ensemble, ainsi que celle des générations suivantes. Si les pays riches, par le biais de l’aide, permettent aux 600 millions d’Indiens de passer à 1,2 milliard en près de 28 ans, tel que leur taux de croissance actuel le laisse prévoir, les Indiens des générations futures nous remercieront-ils d’avoir hâté la destruction de leur environnement ? » (Hardin, Garrett. 1977. « Lifeboat Ethics : The Case Against Helping the Poor », in Aiken, W., et H. La Follette, World Hunger and Moral Obligation. Englewood Cliffs : Prentice-Hall : 18, cité par James Griffin. 1986 : 388).

39. Voir, par exemple, l’article de : Vasseur, Daniel. 1995. « Les déficits publics : enjeu central de la politique et de la théorie économique des années quatre-vingt-dix », Revue française d’économie, vol. X, 2, (printemps 1995) : 95-146.

40. David Braybrooke, Professeur à l’Université Dalhousie, de Halifax (Canada).

41. Frédéric Bastiat (Bayonne 1801 - Rome 1850), économiste (parfois classé « publiciste ») du courant optimiste de la pensée classique, appartient, à la suite de Pellegrino Rossi et Michel Chevalier, au courant du libéralisme français des successeurs de J.-B. Say.

42. Debreu, Gérard. 1984. Théorie de la valeur : analyse axiomatique de l’équilibre général (texte suivi de « Existence d’un équilibre concurrentiel »). Paris : Dunod.

43. Malinvaud, Edmond. 1982. Leçons de microéconomie. (4è édition). Paris : Dunod.

44. Gould, J.-P., et C. E. Ferguson. 1966-80. Théorie Microéconomique. (1982 pour la traduction française). Paris : Economica.

45. Varian, H. 1984. Microeconomic Analysis. 2nd Edition. New York : W. W. Norton.

46. Dasgupta, Partha. 1993. An Inquiry into Well-Being and Destitution. Oxford : Clarendon Press : 11.

47. Braybrooke, David. 1987. Meeting Needs. Princeton, New Jersey : Princeton University Press : 16 & sq.

48. Braybrooke, David. 1987. Meeting Needs. Princeton, New Jersey : Princeton University Press : 11.

49. Wilhelm (Guillaume) Roscher (Hanovre 1817 - Leipzig 1894), Professeur à l’Université de Göttingen (1843), puis à l’Université de Leipzig (1848), fut l’un des fondateurs (avec le Professeur Bruno von Hildebrand) de l’école historique allemande.

50. Roscher, Guillaume. 1844. Principes d'Economie Politique. (1857, 2ème Edition, pour la traduction française). Paris : Librairie de Guillaumin et Cie. Tome 2 : 208.

51. Dans ce cas la littérature fait souvent la distinction entre l’économique et le social, les progrès des deux sphères étant considérés comme pouvant être appréciés séparément.

52. Le Professeur Braybrooke (1987 : 16) écrit : « For does not socialism look forward to abundance, and may not abundance be conceived as circumstances in which needs are met so easily that meeting them goes without saying ? »

53. Dasgupta, Partha. 1993. An Inquiry into Well-Being and Destitution. Oxford : Clarendon Press : 20.

54. Amartya Sen, Lamont University Professor at Harvard University.

55. Le Professeur Sen écrit : « There is an extensive literature in development economics concerned with valuing the quality of life, the fulfilment of basic needs and related matters. That literature has been quite influential in recent years in drawing attention to neglected aspects of economic and social development. It is, however, fair to say that these writings have been typically comprehensively ignored in the theory of welfare economics, which has tended to treat these contributions as essentially ad hoc suggestions. This treatment is partly the result of the concern of welfare theory that proposals should not just appeal to intuitions but also be structured and founded. » (Sen, Amartya. 1990. « Development as Capability Expansion », in Griffin & Knight 1990 : 46).

56. Drèze, Jean, et Amartya Sen. 1989. Hunger and Public Action. Oxford : Clarendon Press : 277.

57. Voir par exemple Galtung, Johan. 1980. « Le développement dans la perspective des besoins fondamentaux », in Cahiers de l’IUED : Il faut manger pour vivre... controverses sur les besoins fondamentaux et le développement. Genève-Paris : IUED-PUF.

58. Joël Jalladeau, Maître de Conférences, Université de Poitiers.

59. Paul Patrick Streeten, Professeur émérite de l’Université de Boston. (adresse : Box 92, Spencertown, NY 12165-0092, USA)

60. Jalladeau, Joël. 1986. Dynamique des besoins en Afrique Noire : Modernité et Tradition. Poitiers : Université de Poitiers : 37.

61. Rawls, John. 1971. Théorie de la justice. (Traduction française : 1987). Paris : Seuil.

62. Nozick, Robert. 1974. Anarchie, État et Utopie. (Traduction française : 1988). Paris : P.U.F.

63. Sen, Amartya K. 1984. Resources, Values and Development. Cambridge, Ma. : Harvard University Press.

64. PNUD. Rapport mondial sur le développement humain 1992. Paris : Economica : 2.

65. World Commission on Environment and Development (The Brundtland Report). 1987. Our Common Future. New York : Oxford University Press : 43.

66. Banque Mondiale. 1992. Rapport sur le développement dans le monde 1992. Washington, DC : Banque Mondiale : 36.

67. Banque Mondiale. 1993. Rapport sur le développement dans le monde 1993. Washington, DC : Banque Mondiale : 53.

68. PNUD : Rapport mondial sur le développement humain 1993 : 9.

69. Tinbergen, Jan. 1972. Politique économique et optimum social. Paris : Economica : 268.

70. Perroux, François. L’Economie du XXè siècle. Œuvres complètes, Vol. V. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble. 1991 : 367-8.

71. Perroux, François. L’Economie du XXè siècle. Œuvres complètes, Vol. V. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble. 1991 : 536.

72. James Griffin, Fellow & Tutor : Keble College, Oxford.

73. Griffin, James. 1986. Well-Being : Its meaning, measurement, and moral importance. Oxford : Clarendon Press : 52.

74. Denis Requier Desjardins, Maître de Conférences, Université de Versailles-St-Quentin en Yvelines.

75. Jalladeau, Joël. 1986. Dynamique des besoins en Afrique Noire : Modernité et Tradition. Poitiers : Université de Poitiers : 74.

76. Jalladeau, Joël. 1986. Dynamique des besoins en Afrique Noire : Modernité et Tradition. Poitiers : Université de Poitiers : 14.

77. Requier Desjardins, Denis. 1988. La consommation alimentaire en Côte d’Ivoire : portée et limites de l’éclairage économique. Paris : Université Paris X Nanterre. Thèse.

78. Braybrooke, David. 1987. Meeting Needs. Princeton, New Jersey : Princeton University Press.

79. Dasgupta, Partha. 1993. An Inquiry into Well-Being and Destitution. Oxford : Clarendon Press : 9.

80. Plus généralement, le PNUD écrit (Rapport 1995 : 131) que : « Beaucoup de recherches en cours s’intéressent à divers aspects du paradigme du développement humain ... Le lien entre croissance économique et développement humain est le sujet de plusieurs thèses universitaires. »

81. PNUD : Rapport mondial sur le développement humain 1991 : 40.

82. PNUD : Rapport 1990 : 70.

83. Les développements mathématiques (et autres constructions graphiques) successifs issus de l'indicateur de bien-être humain (IBH) - proposé dans cette thèse comme alternative aux limites de l'IDH - aboutissant à cette représentation sont présentés dans le chapitre 5 dudit travail : <<Des analyses théoriques du développement humain>>, pages 319-380. Thèse disponible dans toutes les bibliothèques universitaires de France.

84. Bilger, François. 1964. La pensée économique libérale dans l’Allemagne contemporaine. Paris : Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence : 180.

85. PNUD : Rapport mondial sur le développement humain 1990 : 68.

86. PNUD : Rapport mondial sur le développement humain 1990 : 71.

87. L’Abbé de Condillac. 1776. Le Commerce et le Gouvernement, considérés relativement l’un à l’autre. (Nouvelle édition : 1795). Paris : Letellier/Maradan : 52.

88. L’Abbé de Condillac. 1776. Le Commerce et le Gouvernement, considérés relativement l’un à l’autre. (Nouvelle édition : 1795). Paris : Letellier/Maradan : 283.

89. Tel est aussi le rôle conféré à l’Etat par Drèze et Sen qui écrivent : « The object of public action can be seen to be the enhancement of the capability of people to undertake valuable and valued ‘doings and beings’. » (in Drèze, Jean, and Amartya Sen. 1989. Hunger and Public Action. Oxford : Clarendon Press : 12).

90. Le cadre théorique de politique du développement humain permet de dégager une manière « souple » d’un tel rétablissement, actuellement dénommé ‘transition vers l’économie de marché’ en référence aux anciens pays communistes.

91. L’Abbé de Condillac. 1776. Le Commerce et le Gouvernement, considérés relativement l’un à l’autre. (Nouvelle édition : 1795). Paris : Letellier/Maradan : 327.

92. L’Abbé de Condillac. 1776. Le Commerce et le Gouvernement, considérés relativement l’un à l’autre. (Nouvelle édition : 1795). Paris : Letellier/Maradan : 199.

93. L’Abbé de Condillac. 1776. Le Commerce et le Gouvernement, considérés relativement l’un à l’autre. (Nouvelle édition : 1795). Paris : Letellier/Maradan : 336.

94. PNUD : Rapport 1990 : 13.

95. L’analyse théorique du développement humain fait ressortir la contradiction entre un objectif de bien-être humain et un objectif de lutte contre les disparités de revenu. En effet, on voit que le même niveau de bien-être humain peut être atteint par des personnes ayant des revenus très différents, ou encore en fonction de l'ampleur de leurs besoins.

96. L’Abbé de Condillac. 1776. Le Commerce et le Gouvernement, considérés relativement l’un à l’autre. (Nouvelle édition : 1795). Paris : Letellier/Maradan : 53.

97. L’Abbé de Condillac. 1776. Le Commerce et le Gouvernement, considérés relativement l’un à l’autre. (Nouvelle édition : 1795). Paris : Letellier/Maradan : 163.

98. L’Abbé de Condillac. 1776. Le Commerce et le Gouvernement, considérés relativement l’un à l’autre. (Nouvelle édition : 1795). Paris : Letellier/Maradan : 374.

99. La chasse à l'oie sauvage, au cours de laquelle celle-ci se laisse approcher, mais seulement pour s'envoler de plus belle.

100. Barrère, Alain. 1994. Histoire de la pensée et de l’analyse économiques, (Tome 1). Paris : Éditions Cujas : 679.


About the author

Siméon Fongang, économiste camerounais, titulaire d'un Doctorat en Sciences Economiques, a longuement travaillé sur l'indicateur du développement humain. Il est attaché temporaire d'enseignement et de recherche à l'Université de Poitiers (France).


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